5-79
précédent sur les écosystèmes forestiers, et en particulier sur toutes les formations naturelles. En
conséquence de l’accroissement démographique, mais aussi des mutations dans les modes de
consommation alimentaire, pour la viande notamment, les besoins en nouvelles terres agricoles
s’accroissent (Agrimonde, 2010). À ces besoins alimentaires s’ajoutent de nouvelles demandes
de cultures à vocation énergétique. Pour beaucoup d’acteurs de l’économie, la forêt n’apparaît
ainsi que sous la forme d’un réservoir de terres arables. Des besoins tout aussi pressants en
ressources minières exercent également de très fortes pressions sur les forêts, par les
défrichements et les morcèlements dus aux mines et aux réseaux de transport, en conséquence
de la prédominance généralisée du droit de l’exploitation du sous-sol. Un ultime enjeu, mais non
le moindre, est le rôle majeur joué par les forêts dans les démarches de lutte contre le
changement climatique : les forêts font partie des secteurs les plus avancés dans les accords
internationaux négociés à Kyoto puis depuis Copenhague avec le mécanisme REDD+, qui visent
à mieux gérer les forêts pour atténuer leur impact sur l’effet de serre. Par ailleurs, les forêts
seront elles-mêmes impactées par le changement du climat, dans des proportions encore
difficiles à évaluer, ce qui justifie les différents programmes d’adaptation des pratiques de gestion
durable des forêts en cours de conception.
Le phénomène de la transition forestière
Il est possible de classer l’ensemble des forêts dans le monde en fonction de leur degré de
transformation par l’homme, dans le cadre conceptuel d’une courbe de transition forestière et
d’utilisation des sols (Rudel et al, 2005). Le tracé de la courbe ne correspond pas à une
trajectoire des inéluctables des forêts : le graphique permet de positionner les différentes
situations de transformation des forêts sur un même schéma. Ainsi, certains pays comme
l’Indonésie portent des forêts très contrastées, à tous les stades de la transition, depuis la forêt
naturelle intacte jusqu’aux espaces forestiers reconstitués en mosaïques agroforestières.
D’autres pays tropicaux comme la Côte d’Ivoire ou la Malaisie ont pratiquement achevé leur
transition forestière, dans le sens où pratiquement toutes leurs forêts naturelles sont aujourd’hui
allouées à des usages qui se sont stabilisés. Les pratiques d’aménagement du territoire peuvent
être placées sous un fort contrôle étatique comme en Malaisie où les domaines forestiers de
production, de conservation et agricoles ont été délimités. En Côté d’Ivoire l’extension du
défrichement cacaoyer est pratiquement achevé et ne subsistent que quelques lambeaux de
forêts classées et les toutes dernières aires protégées. Une étude de cas sur la Côte d’Ivoire
présentée dans ce chapitre montre toute la difficulté pour les pouvoirs publics à contenir la
pression agricole par de seules mesures réglementaires ou institutionnelles.