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tenant bien compte des différents niveaux de responsabilité selon le principe de
subsidiarité;
•
La reconnaissance des droits et le renforcement des capacités des populations vivant
directement des forêts pour qu’elles puissent prendre part à un dialogue et à des actions
conjointes multi-acteurs et multisectoriels dans la conduite de ces processus visant la
sécurité économique et physique des populations et la possibilité de l’exercice de leur libre
arbitre dans une cogestion des territoires forestiers;
•
La prise en considération, dans la planification budgétaire, des activités nécessaires à une
gestion cohérente et équitable des multiples ressources issues de la forêt incluant
l’éducation, la formation et l’application des lois et règlements;
•
La prise en considération, dans les processus visés, de toutes les formes de forêt en ne se
limitant pas aux définitions dominantes (essentiellement attachées à la production
ligneuse), notamment en intégrant des formations arborées de type agroforestier et agro-
sylvo-pastorales;
•
La nécessité de revoir les valeurs qui fondent les échanges commerciaux en privilégiant
l’équilibre écologique à long terme et l’équité intra et intergénérationnelle par rapport aux
bénéfices multiples escomptés de forêts en santé par le paiement pour services
environnementaux suffisamment élevés pour inciter la protection des forêts;
•
Une réorientation de la recherche, en particulier agronomique et forestière, en visant
l’acquisition de connaissances quant à l’état des forêts, aux multiples services rendus par
la forêt et à l’optimisation de ceux-ci.
Les humains et les forêts entretiennent depuis l’origine une relation complexe et riche. La forêt
est notre ultime refuge, mais nos décisions présentes remettent en question la capacité des
générations qui viennent de continuer de profiter de cette assurance. Pierre Dansereau
3
a dit qu’il
fallait mettre l’homme au cœur des écosystèmes. Notre déconnection croissante de la réalité des
forêts et de ceux qui en vivent crée des pressions qui ne peuvent qu’accélérer leur dégradation.
Si nous perdons de vue ce que nous devons aux forêts pour notre qualité de vie collective, cela
engendrera de plus en plus de misère.
Comme les habitants de l’île de Pâques qui ont coupé jusqu’au dernier arbre dans leur folie des
grandeurs, notre soif de consommation, notre incapacité de voir à long terme et notre mépris des
cultures qui ont maintenu les forêts en santé pendant des millénaires nous engagent dans une
voie sans issue. Gardons-nous de nous y perdre plus avant. La guerre contre la forêt, si elle est
un jour gagnée, signifiera notre perte. Sachons plutôt regarder différemment notre destin commun
et intégrer la santé des forêts du monde à nos propres objectifs de développement.
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Pierre Dansereau (1911-2011) Professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal, était l’un des
pionniers de l’écologie au vingtième siècle. On lui doit entre autres la notion d’écologie humaine.