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Chapitre 6. Une communauté de destins
Claude VILLENEUVE,
professeur titulaire et directeur de la Chaire en éco-conseil, département
des sciences fondamentales, Université du Québec à Chicoutimi,
claude_villeneuve@uqac.ca
Ma mère n’avait pas de limites. Ma mère pouvait dessiner l’écheveau géant de toutes nos
racines, démêler patiemment nos frondaisons les plus enchevêtrées. Ma mère portait en elle
tous les arbres généalogiques. Ma mère était une forêt. Et c’est dans cette forêt que j’ai vécu.
Éric D’Orsenna, Madame Bâ
Ce chapitre reprend les éléments de force issus de l’ouvrage et s’en sert pour soutenir les propos
du message aux décideurs et des recommandations du comité scientifique qui forment l’annexe 1
de l’ouvrage.
Rappel de la situation des forêts dans le monde et bilan des forces qui s’exercent sur les
divers types de forêts.
Les forêts couvrent encore un peu plus de 30 % des terres émergées de la planète. Fournissant
des produits qui représentaient 327 milliards de dollars (US) en 2004, elles justifient plus de 60
millions d’emplois. Elles sont aussi habitées par des centaines de millions de personnes qui se
partagent une myriade de cultures qui ont évolué en leur sein. Parmi ces personnes figure la
portion de l’humanité qui vit dans les conditions les plus précaires et dont l’IDH est le plus bas.
Pour beaucoup, forêt et pauvreté sont synonymes, ce qui justifie que l’économie verte doit
s’intéresser au premier chef aux forêts si l’on veut qu’elle contribue à l’éradication de la pauvreté.
Sous diverses pressions anthropiques, les forêts perdent 13 millions d’hectares par année. Ces
superficies sont surtout situées dans la zone intertropicale. Les forêts y sont défrichées pour
satisfaire divers besoins humains, au premier chef la production agricole qui représente 85 % des
pertes alors que l’exploitation excessive pour le bois de feu et le charbon de bois représente 8 %
des pertes de superficie et les autres formes de transformation représentent les 7 % restant,
incluant le prélèvement excessif de grumes, la création de routes et autres infrastructures. Une
proportion croissante de surfaces forestières est aussi transformée en plantations à des fins
industrielles. Ces activités, bien qu’elles maintiennent un couvert forestier selon la définition de la
FAO, ne conservent pas ou peu les fonctions qui caractérisent les forêts naturelles (préservation
de la biodiversité, protection de l’eau, services sociaux et culturels). D’autres fonctions comme la
séquestration de carbone peuvent toutefois être maintenues ou favorisées dans ces plantations.