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Pierre Dansereau
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a dit qu’il fallait mettre l’homme au cœur des écosystèmes. Notre déconnexion
croissante de la réalité des forêts et de ceux qui en vivent crée des pressions qui ne peuvent
qu’accélérer leur dégradation. Si nous perdons de vue ce que nous devons aux forêts pour notre
qualité de vie collective, cela engendrera de plus en plus de misère. Comme il est souhaitable de
partager les connaissances, il serait aussi souhaitable de mieux répartir les richesses. Et dans ce
cas, les actions pour éradiquer la pauvreté se situent certainement autant dans les pays riches
que dans les pays pauvres.
Comme les habitants de l’île de Pâques qui ont coupé jusqu’au dernier arbre dans leur folie des
grandeurs, notre soif de consommation, notre incapacité de voir à long terme et notre mépris des
cultures qui ont maintenu les forêts en santé pendant des millénaires nous engagent dans une
voie sans issue. Gardons-nous de nous y perdre plus avant. Le développement humain a trop
longtemps été synonyme de guerre contre la forêt. Cette guerre, si elle est un jour gagnée,
signifiera notre perte. Sachons plutôt regarder différemment notre destin commun et intégrer la
santé des forêts du monde à nos propres objectifs de développement. Celui-ci sera sans doute
plus près de l’idéal du développement durable et nos petits-enfants nous en seront
reconnaissants.
Claude VILLENEUVE,
professeur titulaire et directeur de la Chaire en éco-conseil, département
des sciences fondamentales, Université du Québec à Chicoutimi,
claude_villeneuve@uqac.ca
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Pierre Dansereau (1911-2011) Professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal, était l’un des
pionniers de l’écologie au vingtième siècle. On lui doit entre autres la notion d’écologie humaine.