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Ces quelques constats montrent bien que l’humanité exerce et continuera d’exercer une influence
sur le devenir des forêts dans les prochaines décennies et justifie le présent ouvrage. Pendant la
période d’extension de l’agriculture, la forêt était l’ennemie. La domestication des combustibles
fossiles pendant la révolution industrielle a permis de croire que nous pouvions nous passer de la
forêt, mais aujourd’hui, le constat est clair. Si nous gagnons ce combat contre la forêt, nous
sommes perdus. Comme les habitants de l’Île de Pâques qui après avoir détruit leurs forêts pour
satisfaire l’orgueil des familles dominantes, sont entrés dans une spirale de dégradation de leur
environnement amplifiant sans cesse la misère et l’appauvrissement, la perte des forêts à
l’échelle planétaire serait un désastre qui remettrait en cause les multiples services que les
écosystèmes forestiers rendent à la planète dans son entier. Dans la prochaine section, Olivier
Guillitte de l’Université de Liège en Belgique nous présente une réflexion sur la notion de forêt et
sur les services multiples qu’elle rend à l’humanité et que nous pourrions perdre aujourd’hui si
nous ne savons pas collectivement agir sur les causes profondes de la déforestation.
Enjeux des définitions de la forêt
Sur les terres émergées et en dehors de conditions extrêmes climatiques ou édaphiques comme
dans les déserts ou aux pôles, tout espace laissé à l’abandon, même fortement urbanisé, évolue
inéluctablement vers la forêt. Toute terre émergée pourrait donc être considérée comme forêt en
devenir. Toutefois, le sens commun ne reconnaît la forêt qu’à travers un minimum de couverture
arborée. La difficulté est d’établir alors les seuils des quatre curseurs mesurables suivants qui
permettraient de reconnaitre universellement le statut de forêt à un espace terrestre :
La densité (nombre d’arbres ou surface terrière ou surface de la projection des cimes à
l’hectare) de cette couverture (une savane avec une formation arborée très claire peut-
elle être considérée comme forêt?);
La continuité spatiale de cette couverture (un grand massif percé de nombreuses trouées
peut-il être considéré comme une forêt unique dans laquelle les clairières sont incluses
ou est-il un ensemble de bois dont les espaces ouverts sont exclus de la forêt?);
La naturalité de cette couverture notamment avec sa continuité historique (l’utilisation
d’essences exotiques avec des techniques agricoles relève-t-elle encore de la forêt?);
La naturalité du sous-bois (un pâturage extensif ou une culture itinérante préservant les
diaspores
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forestières doivent-ils être distingués de pelouses intensivement tondues et
piétinées dans un parc arboré?).
La FAO a établi au niveau international des combinaisons de seuils plus ou moins fortement en
relation avec ces 4 caractéristiques permettant de définir la forêt ou les espaces dits boisés.
Aujourd’hui, il s’agit du principal référentiel au niveau mondial. La question essentielle que doit se
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Diaspore : toute cellule ou tout ensemble de cellules qui permet la reproduction végétative (par bouturage,
par transplantation de bulbes ou de plantes entières…) ou sexuée (par spores, graines ou fruits) d’une
plante.