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cette fonction de production, les autres sont généralement bien garanties. Toutefois, depuis
plusieurs décennies, le forestier a dû adapter sa gestion pour que la forêt exerce des fonctions
plus particulières : mise en réserve naturelle avec abandon de l’exploitation pour la conservation
de la biodiversité, réservation de zone quiétude pour favoriser la reproduction du gibier, restriction
des droits d’usages traditionnels pour atteindre un bon seuil d’exploitation économique…
La notion de multifonctionnalité de la forêt s’est donc imposée dans la seconde moitié du 20
e
siècle avec la montée en puissance des demandes sociétales en matière de biodiversité et de
délassement du public, notamment. Le processus d’Évaluation des écosystèmes pour le
millénaire (MEA)
13
débuté avec le nouveau millénaire a reconnu l’importance des services
écosystémiques issus des milieux naturels ou semi-naturels, parmi lesquels se retrouve la forêt. Il
a aussi apporté un cadre conceptuel plus solide.
Ce cadre consiste à considérer chaque milieu caractérisé par sa biodiversité comme un
écosystème réalisant un ensemble de fonctions écologiques qui rendent des services
écosystémiques à l’humanité, services dont elle peut tirer des bénéfices financiers ou non, mais
qui tous contribuent au bien-être de cette humanité. L’intérêt de cette démarche est de pouvoir
quantifier ou du moins mieux appréhender au final tous les bénéfices issus du bon
fonctionnement des écosystèmes. La quantification de ces bénéfices fait l’objet d’importants
travaux de recherche dont une des principales synthèses a été réalisée par The Economics of
Ecosystems and Biodiversity TEEB
14
.
Il existe souvent une confusion entre les fonctions écologiques et les services écosystémiques,
en particulier pour les services dits de support (ou d’appui aux autres services) comme les cycles
des nutriments, les flux d’énergie, la conservation des sols, de la biodiversité qui sont de fait des
fonctions écologiques de base
15
. Ces dernières assurent l’équilibre naturel du milieu
indépendamment de l’action de l’homme. Cet équilibre se traduit aujourd’hui dans le concept de
résilience, lui-même faisant l’objet de divers développements. Une définition commode est celle
adoptée par le commissariat du développement durable en France
16
: la résilience de
l’écosystème est sa capacité à supporter une perturbation, et à se réorganiser en gardant les
mêmes fonctions, la même structure, la même identité, et les mêmes processus de régulation.
Une des raisons de confusion entre fonctions écologiques et services écosystémiques provient
du fait que la plupart des milieux sont artificialisés et nécessitent une intervention humaine pour
préserver leur résilience ou la restaurer. Pour ces écosystèmes, les plus largement répandus sur
terre, la notion de fonctions écologiques peut être remplacée par les fonctions éco-sociologiques
où les interventions humaines constituent une composante essentielle de l’équilibre.
13
Millennium Ecosystem Assessment.2005.
14
TEEB 2010
15
Scherer-Lorenzen et al 2005
16
MEEDDM, 2010