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d’oxygène. Personne ne suffoquerait, car nous sommes capables de très bien respirer avec
moins de 20 % d’oxygène.
Il est donc complètement faux de prétendre que les forêts, quelles qu’elles soient, nous sont
nécessaires (du moins sur l’horizon du siècle) pour maintenir l’air respirable en raison de leur
fonction de renouvèlement de l’oxygène. En revanche, la proximité d’une forêt près d’une ville
ou d’un centre industriel contribue à épurer l’air par la captation des particules qui se déposent
préférentiellement à la surface de ses feuilles. Les particules fines et l’ozone troposphérique
étant des polluants très nocifs pour la santé humaine, on peut dire que les forêts « protègent »
nos poumons.
Mais si les forêts disparaissaient, serions-nous là pour en témoigner? C’est peu probable.
Si l’on supprimait les forêts de la planète, l’effet serait catastrophique et en bien moins qu’un
siècle, en termes de changements climatiques, de disparition de la biodiversité et de
dérèglement du cycle de l’eau sur les continents. Chacune de ses raisons milite suffisamment
pour le maintien de toutes les forêts. C’est sans compter tous les services intangibles et
monétarisés qu’elles rendent à l’humanité et du patrimoine qu’elles représentent pour les
générations futures.
Aucun organe du corps humain ne remplit de fonction similaire à celle des forêts. Elles méritent
pour elles-mêmes d’être traitées avec respect et responsabilité. De grâce, ne sauvons pas les
forêts pour un faux prétexte ou pour de mauvaises raisons. Cela nuit à la crédibilité des
promoteurs d’une gestion forestière garante de leur pérennité et de tous les bénéfices qu’elles
nous apportent.
Claude VILLENEUVE
, Chaire en éco-conseil, UQAC.
La nécessité d’une mise en œuvre et de suivis d’indicateurs liés aux services
écosystémiques
La caractérisation des fonctions, des services et des bénéfices de l’écosystème (ou l’éco-socio-
système) forêt nécessite la mise en œuvre de nombreux indicateurs. Il s’agit d’abord d’avoir une
batterie d’indicateurs pertinents et mesurables pour la quantification des fonctions écologiques de
la forêt et des activités humaines qui la caractérisent. Ils doivent permettre d’identifier les forces
directrices et pressions qui s’exercent sur les fonctions et activités associées. Ils doivent pouvoir
indiquer le bon état de conservation de ces fonctions écologiques de base (état de la biodiversité,
état du sol, état sanitaire du couvert, état de la régénération naturelle...), mais aussi des fonctions
de soutien humaines (état de conservation du savoir-faire, capacité de maintenir l’activité
sylvicole ou agro-sylvo-pastorale…). Des indicateurs agrégés de résilience associés à des seuils
limites et des indicateurs de réponses doivent compléter ces premiers indicateurs. Enfin, des
indicateurs de coûts et de bénéfices non limités aux seules activités de production classiques de
la forêt servent à mesurer l’efficience de la politique forestière.
Certains de ces indicateurs pourraient jouer un rôle innovant dans la définition de la forêt et le
positionnement du débat de l’économie verte en forêt, notamment son interaction avec la
conservation de la résilience de la forêt. Mais leur mise au point nécessite encore des travaux de