Page 33 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_01

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recherche et surtout leur mise à l’épreuve dans des dispositifs de suivis nationaux et
internationaux.
Vers une définition actualisée de la forêt ou une catégorisation qui tienne compte plus
globalement des fonctions et services écosystémiques caractéristiques de la forêt
En s’écartant de la fonction de production de biomasse ligneuse, qui permet certes de rendre
d’office au minimum un certain nombre de services écosystémiques de régulation (stockage du
carbone) quelle que soit la nature du peuplement productif, on peut se poser la question légitime
de la reconnaissance du titre de forêt à des peuplements arborés qui ne rempliraient qu’un
nombre extrêmement réduit de fonctions et services et encore qu’à l’aide d’une intervention
humaine soutenue (fertilisation, arrosage, pulvérisation de biocides…). Cette question est encore
plus légitime s’il est prouvé que ces peuplements altèreraient gravement d’autres fonctions et
services de la forêt ou d’autres écosystèmes.
À titre d’exemples quelque peu provocateurs :
En vue de la production de biocarburant de la 2
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génération, la plantation de peupliers
transgéniques dont il serait prouvé qu’ils pourraient affecter le patrimoine génétique de salicacées
indigènes
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tout en asséchant une zone marécageuse n’usurperait-elle pas le titre de forêt, tel
que l’accorderait aujourd’hui la France?
Une palmeraie issue de la transformation profonde d’une portion importante de forêt indigène à
continuité historique, maintenue avec un sous-bois minimaliste et dont l’huile extraite ne servirait
qu’à des succédanés alimentaires riches en graisses saturées devrait-elle encore être considérée
comme une forêt telle que la reconnaît actuellement la FAO?
À titre de contre-exemples tout aussi provocateurs :
Pourquoi un bocage formé d’un réseau dense et historique de haies, de vergers hautes-tiges de
variétés locales variées, de fossés et murets jointifs aux haies et dont la couverture arborée
dépasse les 10 % ne pourrait-elle pas se voir accorder le droit de reconnaissance en forêt,
d’autant plus si la production est réalisée en bio et alors que les bénéfices écosystémiques
dépassent incontestablement largement ceux des plantations de sapins de Noël?
Pourquoi la savane à ce même niveau de couverture arborée accueillant un régime agro-pastoral
traditionnel fondé sur l’auto-amendement par le bétail et l’apport complémentaire de fourrage par
la canopée ne peut-elle pas être comptabilisée actuellement comme forêt malgré des services
écosystémiques dont les bénéfices équivaudraient pour ne pas dire dépasseraient ceux d’une
forêt claire tropicale non affectée à l’agriculture? (Voir Dufumier, chapitre 4)
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Un des nombreux risques identifiés de la transgénèse, les autres risques sont notamment répertoriés
(page 46) par un collectif d’auteurs dans un rapport de l’INRA sur les OGM (1998).