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le passé et le présent, et au début du XX
e
siècle, les cendres des chefs vendas y étaient
dispersées.
Une cérémonie a lieu chaque année sur les rives du lac pour apaiser les esprits avec des
offrandes.
« Je ne connais pas de lieu de sépulture qu’on ait réduit à un spectacle touristique », poursuit
le vieux Tshibwana, parfaite incarnation de ce peuple venda qui a réussi depuis des
générations à maintenir le lac à l’abri des circuits touristiques malgré sa proximité avec le
célèbre parc Kruger, lequel accueille un million de visiteurs par an pour des safaris. « Ils nous
manquent de respect », lâche-t-il.
« Ils », ce sont les autorités sud-africaines de l’agence nationale pour le patrimoine, qui ont
brisé un tabou et ouvert une consultation avec les chefs traditionnels, dans l’intention de
classer le lac au patrimoine national.
« Nous attendons qu’ils formulent leurs objections ou apportent leur soutien. La consultation
concerne beaucoup de gens », explique une porte-parole de l’agence, Portia Varamalamula.
« Rien ne sera ôté et le site aura la chance d’être protégé au plan légal contre des activités
non autorisées tout en ouvrant la porte au développement touristique », ajoute-t-elle. Si cela
marche, le lac Fundudzi rejoindra la liste de sites prestigieux ou symboliques tels que la
maison de Nelson Mandela à Soweto ou les Union Buildings, le siège du gouvernement à
Pretoria. « En faire un site inscrit au patrimoine doperait le tourisme culturel local », explique
pour sa part Mulalo Nemavhandu, directeur de l’institut du patrimoine Kara, qui conduit des
recherches sur les traditions africaines. Et dans cette région pauvre, des recettes du tourisme
seraient bienvenues. « La protection du lac par le conseil du patrimoine le fera connaître
largement dans le monde et dans le pays », ajoute M. Nemavhandu. « Il y a peu de choses
écrites sur le lac et ce que l’on en sait provient principalement de la tradition orale, passée de
génération en génération », dit-il.
Dans l’immédiat, l’accès au lac demeure presque impossible. Il se fait par une piste malaisée,
toute cabossée et mal entretenue. À la moindre goutte de pluie, c’est la patinoire assurée. Et
elle coupe à travers les villages. Les rares visiteurs qui se sentent l’âme curieuse ou attirés par
la notule d’un guide ou d’un site de voyage se contentent d’aller au sommet d’une colline
voisine pour admirer des yeux les nuances du ciel se reflétant à la surface du lac.
Agence France-Presse, publié le 13 décembre 2011.
Le discours de monsieur Tshibwana Ramalongo est hautement symbolique avec le caractère
sacré qu’il donne au lac et le lien que cet endroit personnifie avec les ancêtres et les
personnages marquants de sa culture. Le lac, c’est lui et les siens, il n’y a pas de différence entre
un sujet et un objet, distinction si familière dans les cultures occidentales. Vouloir protéger le site
par des lois fait intervenir une autre logique, celle du consensus social ou du discours
économique qui va désacraliser cet endroit. Si le site devient un lieu d’écotourisme, il devient une
ressource et dans le calcul économique, il permet des retombées financières qui pourraient aider
au développement d’une contrée pauvre. Admirer les nuances du ciel se reflétant à la surface de
l’eau est de l’ordre de l’expérience esthétique.