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Peut-on réconcilier ces points de vue sans en dénigrer un? Peut-on maintenir le caractère sacré
et paisible d’un site magnifique et en faire un lieu de tourisme, même d’écotourisme? Il n’y a pas
de réponse évidente à cette question. Mais il serait très malvenu de nier l’importance symbolique
du site pour un peuple qui la revendique et de faire comme si sa réalité n’avait pas d’importance
et pouvait être remplacée par un calcul économique ou un discours scientifique décrivant le
caractère banal de l’écosystème par exemple. On ne monétarise pas le lien aux ancêtres.
L’activité autre que rituelle dans un site sacré est un sacrilège. L’expérience symbolique fait partie
de l’humanité. La mettre de côté, ou pire la dénigrer, fait prendre des décisions « inhumaines »
parce qu’elles nient une partie de nous-mêmes, de ce que nous sommes.
La nation Malécite au Québec est parvenue à intégrer l’un dans l’autre les éléments importants
de plusieurs cultures, ce qui leur a permis de prendre des décisions éclairées de manière plus
humaine : la symbolique, la loi, les impératifs socio-économiques et l’éthique sont bien présents
dans l’exemple repris dans l’encadré ci-dessous. Le rationnel et l’au-delà du rationnel sont pris en
compte de manière explicite et c’est ce qui rend cet exemple intéressant.
Encadré 2. La nation Malécite
La nation Malécite est une petite communauté autochtone située à Cacouna sur la rive sud du
fleuve Saint-Laurent à environ 200 km au nord-est de la ville de Québec (Canada). Cette toute
petite communauté s’est dotée en 2011 d’un « fonds écoresponsable » pour financer des
activités ayant pour objectif de préserver l’intégrité du territoire ancestral « par respect pour les
générations Malécites passées, présentes et futures ».
Les pratiques industrielles et socio-économiques en général « ont fragilisé notre Mère-Terre et
ont mis en péril la vie qui l’habite », lit-on sur le document de présentation des objectifs du
fonds. « En tant que gardiennes de la Mère-Terre, les Premières Nations ont la responsabilité
de sa protection, conformément aux enseignements originels transmis par le Créateur ». En
vertu de ces enseignements, la Première Nation Malécite veut s’assurer que l’empreinte
humaine sur la nature soit minimisée et compensée sur son territoire ancestral. La Terre
considérée comme une mère implique le respect de l’équilibre entre les besoins et les
exigences de la nature et ceux des humains.
Une contribution financière du « fonds écoresponsable » pourra être demandée lorsque suite à
des activités humaines, « les impacts environnementaux occasionnés à la Mère-Terre ne
pourront pas être évités ». Le fonds permettra de financer des projets qui seront « notre
réponse aux cris du cœur de notre Mère-Terre ».
L’eau, l’air, la terre et le feu sont considérés comme des éléments sacrés de la Mère-Terre.
Pour chacun des éléments, le fonds interviendra pour des actions écocompensatoires. Par
exemple : pour les projets miniers ou d’excavations, la compensation pour la perturbation de la
Mère-Terre se fera par « la création de sites spirituels pour les membres de la Nation ». Et
pour le Feu : « Une utilisation irrespectueuse de l’élément sacré Feu, telle l’utilisation abusive
des combustibles fossiles est responsable du réchauffement de la Mère-Terre et des
changements climatiques associés à ce désordre ». Le fonds donnera dès lors son appui à des
projets d’énergies renouvelables.
L’existence du fonds et du raisonnement qui l’institue aura un impact économique : « De par
ses qualités éthiques environnementales (le fonds) pourra être perçu de prime abord comme
un frein au développement socio-économique. Pourtant, une approche dans laquelle une