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écocompensation appliquée est prescrite pour les interventions modifiant définitivement le
paysage naturel, les habitats et ses espèces est une logique conséquente au développement
économique. »
Le projet trouve ses fondements autant dans le contexte culturel contemporain rationnel-légal
des sociétés industrialisées que dans des éléments de sagesse, éthiques et symboliques, de
la tradition culturelle amérindienne. Le fonds « répondra aux principes de la stratégie de
développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador, aux principes de la
Loi sur le développement durable du Québec, à certains objectifs du plan d’action de
développement durable 2008-2010 du Ministère du Développement durable et au projet de loi
sur l’occupation du territoire forestier ».
Le fonds poursuit trois objectifs :
- la réalisation de projets écocompensatoires pour les pertes écologiques liées à
l’exploitation de la nature. Les pertes de capital naturel sont évaluées en fonction de la valeur
monétaire estimée des biens et services environnementaux du territoire concerné : la
séquestration du carbone, la qualité de l’eau, la biodiversité et la pollinisation, etc. Le calcul
économique côtoie les impératifs éthiques;
- l’acquisition de superficies naturelles pour lutter contre la fragmentation ou la
disparition d’habitats d’espèces menacées ou vulnérables;
- l’éducation aux pratiques écoresponsables : « Notre sagesse et notre savoir
traditionnels, légués par nos ancêtres, nous sont transmis aujourd’hui par nos aînés.
L’enseignement nous guide vers une meilleure compréhension des quatre éléments sacrés de
la vie : La Terre, l’Air, le Feu et l’Eau. C’est dans le respect des lois naturelles que nous vivons
et c’est notre devoir de guider les populations vers une relation plus harmonieuse avec les
habitats naturels et les espèces qui y vivent ».
Par ailleurs, la nation Malécite a décidé de refuser tout appui à un projet élaboré sur les
territoires ancestraux qui ne prendrait pas en considération des valeurs d’écoresponsabilité
dictées par leur devoir envers la Mère-Terre. Les territoires forestiers sont publics au Québec,
ils n’appartiennent donc pas aux Autochtones. Cependant, ces derniers ont certains droits
particuliers liés à des traités et leur avis est légalement sollicité dans les plans d’aménagement
forestier par exemple. Leur refus a donc un poids dans les prises de décision.
Le document qui sert de base à la rédaction de cet encadré est disponible sur
www.ferpnmv.ca
. Toutes
les phrases entre guillemets sont directement importées de ce texte.
Nicole HUYBENS
, Ph.D., professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi,
nicole_huybens@uqac.ca
.
On ne peut remplacer sans dégât le besoin très humain d’une vie spirituelle ou de donner du
sens à sa vie en lien avec la nature par un discours économique, par des obligations légales ou
par un discours scientifique. Comme on ne peut pas dans le cadre d’une économie verte se
passer du discours scientifique et du discours économique sur un écosystème parce qu’il revêt un
caractère sacré ou qu’il est d’une beauté à couper le souffle. Et comme le montre l’exemple ci-
dessous, il n’y a pas nécessairement incompatibilité, en tout cas, pas toujours.