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Encadré 3. Discours illustrant l’animisme des Amérindiens
« Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre? Étrange idée pour nous ! Si
nous ne sommes pas propriétaires de la fraîcheur de l’air, ni du miroitement de l’eau, comment
pouvez-vous nous l’acheter? Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple (…)
La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l’homme rouge. (…) Nous faisons
partie de cette terre comme elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le
cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies,
le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille. (…)
L’eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n’est pas de l’eau seulement; elle est le sang de
nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir qu’elle est sacrée,
et vous devrez l’enseigner à vos enfants (…). Le murmure de l’eau est la voix du père de mon
père. Les fleuves sont nos frères; ils étanchent notre soif. Les fleuves portent nos canoës et
nourrissent nos enfants. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les
hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes. Nous le savons : toutes choses
sont liées comme le sang qui unit une même famille (…). »
Les Illnus de la côte Nord au Québec sont liés aux « esprits » de tous les éléments de la nature :
les animaux, les plantes, les arbres, les pierres, l’eau… (Savard, 2004). Leur spiritualité est donc
partout et dans tout. Il y a bien « continuité dans les intériorités » même si les « corps » de la
rivière, du vent, de l’ours et des humains sont différents. Les Amérindiens du Nord livrent un
héritage spirituel qui s’est développé de manière diversifiée en fonction des conditions
écologiques des endroits où ils vivaient. Toutefois, on retrouve le plus souvent une conception de
l’homme membre de la nature, homme dans la nature sacrée, comme d’ailleurs tout ce qui s’y
trouve, y compris des éléments abiotiques comme l’eau ou le sol par exemple. Les Amérindiens
ne sont pas des croyants, mais des « connaissants » (Peelman, 1996). Ils connaissent à travers
des visions, des rêves, des chants, des danses et des rituels. Pas besoin de fées, d’enchanteurs
et de chevaliers mythiques… La nature n’est pas divinisée, elle est sacrée.
«
Les Amérindiens possèdent un atout considérable : leur relation unique à la terre. Cette
dimension unique de la spiritualité amérindienne n’a pas été emportée par les vagues
successives qui ont érodé les structures sociales des communautés autochtones. »
(Peelman,
1992, p. 30). Ce constat est intéressant puisque les connaissances amérindiennes de la nature
sont encore aujourd’hui accessibles pour peu que l’on décide de partager des savoirs à propos
de la forêt au lieu de souhaiter le simple transfert des connaissances d’une culture dominante à
une autre. L’encadré sur les Malécites (voir infra) est un exemple d’interpénétration entre deux
cultures pour prendre des décisions dans la nature.
Totémisme : continuité pour l’esprit et le corps
Pour les Aborigènes d’Australie, des ensembles d’humains et de non-humains partagent les
mêmes propriétés physiques et spirituelles. Le nom du groupe totémique est celui d’une propriété
attribuée à une espèce et non celui d’une espèce. Par exemple, les noms des animaux sont des
propriétés humaines : « le sautillant », « le guetteur ». Le totem provient d’un temps très ancien,