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dessous. C’est qu’il existe dans l’inconscient une zone mystérieuse que l’on ressent, mais que
l’on est parfois incapable d’exprimer. (…) Est-ce la brûlure de l’insatisfaction permanente de
l’humanité à la recherche de son âme, cette âme qu’elle a perdue, ou plutôt qu’elle a égarée
quelque part dans cette nature qu’elle n’est plus capable de saisir dans sa totalité?
» (Markale,
1996, p. 39)
Les symboles ne doivent pas être confondus avec des faits, ils sont polysémiques, ils peuvent
signifier une chose et son contraire. «
D’où ce rejet du symbolisme qu’on juge insaisissable à
cause de sa signification polyvalente. Celle-ci fait intervenir à la fois plusieurs dimensions
humaines dont nombre de composantes échappent à la vérification empirique
. » (Grand’Maison,
1974, p. 143).
Il ne faut donc pas chercher à appréhender cette part de la réalité humaine avec des catégories
qui s’appliquent aux faits comme dans le discours scientifique.
Certains symboles traversent le temps, certaines significations sont culturelles tandis que les
images liées à la nature ou à ses éléments peuvent aussi refléter l’infinie diversité des
imaginaires individuels.
La forêt et l’arbre sont des symboles de vie. Le palmier dattier, «
est l’arbre des oasis, ces îles
féériques du désert, l’Arbre de Vie encore aujourd’hui des peuples du Moyen-Orient
». (Fournier,
2003, p. 92). La forêt et les arbres sont ainsi symboles de transformation et de renouvellement, ils
sont des métaphores d’immortalité, de fécondité, de renaissance, de régulation parfaite et
d’harmonie originelle (le paradis perdu). Le matériau bois est « vivant » même si l’arbre est mort,
les cercueils en bois sont parfois la matrice pour une autre naissance, pour l’après-vie. Un
« arbre, qui a le pouvoir de se renouveler sans effort, incarne et rend visible une vitalité
miraculeuse refusée aux mortels »
(Armstrong, 2005, p. 21).
La forêt est symbole de refuge, de protection et de perdition en même temps. C’est le royaume
du diable et de la liberté (échapper à l’emprise de l’Église et de ses dogmes en Europe et en
Amérique du Nord). Elle est un peu partout un symbole de connaissances, un lieu d’initiation, on
s’y perd pour se retrouver, on y renait adulte, chasseur ou shaman… «
Le pipal est l’arbre des
quatre vérités sous lequel Siddhârta Gautama, le futur Bouddha, découvrit son être immortel
profond, l’éveil à la conscience universelle, la fin de toute douleur
» (Fournier, 2003, p. 62).
L’arbre est un symbole axial : il pousse vers le haut et vers le bas, il relie le monde souterrain (les
enfers), le monde terrestre (humain) et le monde divin. L’arbre à prières rend possible la
communication avec le monde divin et rend accessible une information sacrée. Il est parfois le
signe de la présence de l’Absolu au sein de la réalité humaine.
« Le bouleau est l’arbre du
chamane sibérien, l’axe cosmique qui relie le ciel et la terre. Son ascension rituelle dans la yourte
fait partie des rites d’initiation de la transe chamanique. Par l’escalade des cieux, sont donnés au
chamane les pouvoirs apprivoisés des forces cosmiques, la
première respiration de la lumière
»
(Fournier, 2003, p. 59).