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« Tous les écrivains amis des arbres s’accordent pour dire que les grands arbres sont une source
privilégiée de santé mentale et physique pour toute la société. Ces arbres grandioses
permettent aux énergies du ciel et de la terre de se rencontrer en toute sécurité et en toute amitié
pour la communauté humaine. Particulièrement en temps de tensions collectives, le génie des
arbres peut nous rebrancher à la compassion de la Terre mère » (Fournier, 2003, p.113)
Encadré 6. Les forêts sacrées de Kayas des Mijikenda au Kenya
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Sur 200 km le long de la côte du Kenya s’étendent une dizaine de sites boisés de 30 à 300
hectares sur lesquels subsistent une trentaine de kayas, villages fortifiés du peuple Mijikenda,
depuis le 16
e
siècle. La tradition orale rapporte que les Mijikenda quittèrent une terre connue
sous le nom de Singwaya, sur le territoire actuel de la Somalie, pour émigrer vers le sud au
XVI
e
siècle.
Au cours du XIX
e
siècle, l’utilisation de ces villages fortifiés commença à décliner. Les
Mijikenda quittent progressivement les kayas et se dispersent dans les fermes alentour et dans
les villes côtières où ils vivent en abandonnant progressivement les traditions, les coutumes et
la vie culturelle des Mijikenda. L’exode culmina au début du XX
e
siècle et dans les années
1940, la plupart des kayas étaient inhabités.
Les vestiges de ces villages forestiers sont des éléments caractéristiques de l’identité
Mijikenda. Les codes moraux et des systèmes de gouvernance, des rituels et des pratiques
sacrées permettaient une coexistence pacifique des communautés Mijikenda. Les kayas font
partie intégrante de leur vie spirituelle, de leurs croyances et pratiques religieuses. Ils sont
considérés comme les demeures sacrées des ancêtres. Les forêts autour des kayas ont été
entretenues par la communauté pour protéger les tombes et les bosquets sacrés. Des
restrictions sont imposées sur l’accès et l’utilisation des ressources de la forêt, ce qui a eu pour
conséquence la préservation de la biodiversité des kayas et des forêts environnantes :
l’intégrité des kayas est subordonnée au caractère intact de leur cadre forestier. Le caractère
sacré des lieux est lié au respect de règles. Par exemple : certains sites investis d’une forte
valeur magique sont réservés aux aînés et la coupe de bois est réglementée, des cérémonies
magico-religieuses comme les rituels de pluie se pratiquent encore aujourd’hui.
Cette sacralisation de la nature explique la grande richesse écologique du milieu : les forêts
entourant les kayas sont aujourd’hui les vestiges d’une forêt qui couvrait autrefois les plaines
côtières.
Le site des forêts sacrées de kayas est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO
depuis 2008 comme « témoignage unique d’une tradition culturelle et pour ses liens directs
avec une tradition vivante ». Les traditions et pratiques associées aux Kayas dans les forêts
sacrées des Mijikenda ont également été inscrites en 2009 sur la liste du patrimoine immatériel
nécessitant une sauvegarde urgente.
Nicole HUYBENS
, Ph.D., professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi,
nicole_huybens@uqac.ca
.
«
Nos prétentions de civilisés nous font croire que nous devons nos progrès au dépassement des
symboles par le calcul, l’analyse, la technique. Nous ne nous sommes pas rendu compte des
appauvrissements anthropologiques qui ont accompagné le façonnement de la civilisation
industrielle et de ses progrès indéniables »
(Grand’Maison, 1974, p. 20).
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