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Encadré 7. La forêt-guérisson d’un Illnu de Mashteuiatsh
Claude est Amérindien du centre du Québec. La forêt, ce sont ses plus beaux souvenirs
d’enfance et il n’en a pas beaucoup. «
Je me souviens de mon enfance dans la forêt avec mes
parents, c’était la vie, le bonheur. Dans mon histoire, là-bas, il n’y avait pas de mouche,
seulement la liberté, la chasse, la pêche, on s’occupait de la Vie. Mais après, il y a eu les
internats
». Il fait partie de cette génération d’Autochtones placés de force dans des internats
pour être instruit des connaissances d’une autre culture que la sienne et il n’en voulait pas. À 6
ans, il ne pouvait plus parler sa langue maternelle et l’éloignement le privait du lien quotidien
avec sa famille. Comme beaucoup d’Autochtones confrontés à une histoire peu enviable, il a
cherché refuge non pas dans la forêt de ses parents, devenue inaccessible, dangereuse et
pleine de mouches, mais dans l’alcool, la drogue et le désespoir. À 18 ans, en sortant
d’institutions pour jeunes délinquants, il zonait d’une grande ville à une autre. Sans les points
de repère structurants d’une culture vécue en lien avec des adultes significatifs, son chemin
semblait unique : c’était celui de la déchéance. Depuis son enfance, il s’était entendu dire : tu
n’es rien, tu ne vaux rien… Alors il est devenu un vaurien. «
Pendant 20 ans, j’ai passé ma vie
à chercher dans les villes une identité que je ne pouvais pas y trouver. Coupé de mes racines
familiales, culturelles, ancestrales, forestières, je voguais très mal dans le monde artificiel de
l’alcool et des drogues, de la marijuana et de l’acide au krach
».
On lui avait appris que ce qui avait de la valeur pour ses parents ne pouvait pas en avoir pour
lui. Dans le fond de son âme pourtant, il aurait voulu vivre dans les forêts à s’occuper de
donner du sens à la vie en chassant et pêchant comme ses parents et grands-parents l’avaient
toujours fait. Les points de repère de la culture québécoise ne sont jamais devenus les siens.
Trop de blessures de l’histoire empêchent cela et aussi sa volonté parfois crispée de résister
au rouleau compresseur de ceux qui, avec la meilleure foi du monde, pensent qu’ils ont raison,
qu’il faut « évoluer », que le monde sera meilleur s’il fonctionne selon leur modèle. À 40 ans,
Claude était une épave.
Un jour, voulant gagner de l’argent, il s’est trouvé dans une coupe forestière, sur un territoire
scarifié, labouré après coupe pour être replanté. Toute personne qui a vu un territoire scarifié
sait à quel point il peut évoquer la désolation… «
J’étais ravagé, je me droguais, je buvais, je
ne savais plus qui j’étais ni ce que je faisais là. J’avais voulu me suicider et n’y étais pas
parvenu. On m’avait dit que je ferais beaucoup d’argent en allant planter des arbres. J’en avais
besoin. J’y suis allé avec d’autres Indiens comme moi. Quand j’ai vu la forêt coupée, dévastée,
scarifiée, je me suis dit, c’est moi, je suis comme ça. Déchiré de partout, malade, vide, arraché,
déraciné, sans vie, sans envie
». Cette interprétation, cette superposition entre lui et la nature,
caractéristique de la culture de ses parents, a été salutaire. «
C’était un déclic, une force de vie
qui me reprenait, là où je l’avais perdue
». Alors, il s’est mis à planter des arbres, pas vite
comme on lui demandait, mais avec soin : en plantant chaque épinette, il redonnait vie à la
forêt et il récupérait des petites parties de la sienne. À partir de ce moment, il a cherché à
multiplier ses contacts avec les anciens de sa communauté, il a voulu apprendre la vie dans la
forêt et surtout il a cherché par tous les moyens à renouer avec les rituels, les symboles et les
pratiques ancestrales des shamans amérindiens. «
J’ai repris contact avec tous les rites, les
mythes de ma culture d’origine, je suis allé les chercher partout où d’autres Amérindiens
perpétuent ces coutumes et j’organise chez moi des cérémonies d’aujourd’hui et d’hier pour
guérir, surmonter l’histoire, trouver des chemins plus harmonieux entre mes origines et la
société dans laquelle le Créateur m’a fait naître
».
En hommage à ce que la forêt signifie pour lui, Claude a fait le vœu de continuer à planter des
arbres et de faire connaître sa culture d’origine. Pour lui, chaque petit arbre mis en Terre mère
est le symbole de la Vie qui reprend Vie, pour la nature, pour lui comme pour sa culture. Grâce
à une spiritualité amérindienne renouvelée dans la nature, il s’est inventé un monde de
sagesse qu’il partage avec d’autres pour les aider à surmonter les hontes de l’histoire et à