2-30
accordé à certaines espèces végétales d’une part et à certains espaces naturels d’autre part. Si
l’on s’attarde sur les premières, on constate qu’à Bandjoun, comme dans toutes les
communautés autochtones de l’ouest du Cameroun, certains arbres sont considérés comme
sacrés. C’est le cas notamment du Baobab, arbre du Roi et des grands dignitaires du village.
C’est généralement là où les différents hauts dignitaires gardent leur totem, qui peut prendre la
forme d’un animal ou oiseau de la forêt (panthère, lion, hibou, etc.). Sont sacrés également
l’Arbre de paix encore appelé Stè-yam (un arbre dont les branches sont utilisées pour maintenir la
paix entre les familles) et l’Arbre de passion encore appelé Fekeng.
Concernant les espaces naturels, on distingue principalement la forêt ancestrale qui se situe à
l’intérieur et à l’extérieur de la résidence royale (Tsa). À l’intérieur de la résidence royale, on
trouve le Vo Totza. C’est la forêt sacrée où se déroulent des cérémonies rituelles et mystiques
pour protéger le totem du chef et renforcer son pouvoir magico-religieux. Dans cette forêt,
quiconque s’aventure à vouloir couper un arbre ou les branches d’un arbre se verra paralysé ou
immobilisé jusqu’à ce que le chef vienne le délivrer ou lui rendre sa mobilité. Autour de la
résidence du chef (Tsa), on a six bois sacrés. Le
Nto’(Sim.kè)
est
situé
sur la place du marché.
C’est dans ce bois que se déroule la danse magico-religieuse du Kè, pratiquée tous les 24 mois
par les membres de la communauté initiés et masqués à cette occasion. L’organisation de la
danse du Kè est l’occasion pour la communauté d’entrer en contact avec les ancêtres fondateurs
reconnus comme tels pour les remercier et solliciter une année d’abondance dans le domaine
agricole et de fécondité pour les femmes. C’est aussi l’occasion pour la communauté de conjurer
le mauvais sort qui pourrait éventuellement s’abattre sur la chefferie. Cette forêt abrite aussi des
génies et totems divers des dignitaires Bandjoun. Le deuxième bois sacré appelé le
Messo
Denghem,
sert de refuge à la Masso pour l’ouverture du rite du Kè. Le rite de la Masso est un rite
qui se déroule tous les deux ans. L’année où il a lieu est appelée Ngou’kè (l’année de la
purification) qui débute en décembre et dure de six à sept mois. Il s’agit plus précisément de
purifier toute la terre ancestrale, notamment la terre, les récoltes, le pays et les hommes. Le
troisième bois sacré est le
Vo guè Mtum,
forêt réservée aux rites de l’invocation de la pluie par le
dignitaire et grand prêtre le plus habilité de la communauté appelé Wabo Tékam. Ce Wabo,
fortement en rapport avec les ancêtres, détient le pouvoir de faire tomber la pluie en territoire
Bandjoun. Le quatrième bois sacré est le
Vo leng.
Il s’agit plus exactement d’une forêt refuge de
divers totems, les Bandjoun. Le cinquième bois sacré est le
Vo’mtzam à Famgwo.
Il est
considéré
comme la demeure de la Masso après l’année du Kè. Il s’agit d’une forêt mystique où personne
n’ose s’aventurer. Le sixième bois sacré est le
Tchueb Mhac.
C’est le sanctuaire sous des arbres
où une femme a enfanté des jumeaux. En effet, dans les traditions Bandjoun, un couple qui a eu
des jumeaux est particulièrement honoré.
Ces différents types de forêts sacrées ont la particularité de ne pas être à la merci d’une
exploitation non contrôlée et anarchique par l’Homme. En effet, quiconque s’engage à porter
atteinte à ces forêts sera sévèrement puni et condamné : le paiement des amendes (fautes
légères), la mort par le totem (fautes graves), la paralysie, la folie, la malédiction sur la