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descendance, l’extradition du village par le chef. Le paiement d’une amende s’effectue lorsqu’un
autochtone non seulement pénètre dans cette forêt, mais également s’il y glisse et tombe. Il doit
alors payer une amende afin que les notables le lavent : il devra à ce titre verser de l’argent pour
un bidon de 20 l d’huile rouge, pour un coq blanc ou noir et une somme déterminée qui varie
selon qu’il était ignorant ou savait ce qu’il faisait. Pour ce qui est de la mort, elle survient lorsqu’un
autochtone s’en va dans la forêt sacrée couper le baobab. Toutefois, une personne ignorante qui
s’engage à aller se promener dans une forêt sacrée ne sera sanctionnée que par des blâmes et
avertissements.
Les différents titres hiérarchisés au sein de la chefferie sont aussi liés aux bois sacrés. Chaque
association magico-religieuse (sociétés secrètes appelées mkem) a certes sa maison de réunion,
ses masques, ses costumes, ses danses, ses symboles et pour la plupart un bois sacré selon
leurs fonctions (politiques, militaires, religieuses, économiques, administratives, etc.). Les
grandes sociétés coutumières, dont le siège est situé au palais royal tsa, jouissent des espaces
de sacralité dans la forêt contrairement aux nombreuses autres sociétés de quartiers, des sous-
chefferies, des puissants lignages par exemple. Il est aussi utile de souligner que les objets
religieux, notamment les masques, contenants, instruments de musique, costumes, parures,
statues, emblèmes et divers objets utilisés par les membres du mkem lors des rites, des
cérémonies, des danses dans le cadre de leurs multiples activités sont fabriqués par des
personnes initiées, qui utilisent certaines essences d’arbres minutieusement choisies par des
prêtes traditionnels.
L’exemple abordé montre les rapports dialectiques existants entre la forêt et le développement
culturel. Le cas de Bandjoum souligne combien la forêt, pour plusieurs communautés
autochtones, est le socle original et la
boussole culturelle de l’identité territoriale. La question
forestière en Afrique noire, ne peut pas se circonscrire à des éléments exogènes issus d’une
lecture non adaptée de la réalité négro-africaine. Ainsi, la transposition de modèles
d’aménagement forestier occidental ne peut pas cadrer avec les fondements civilisationnels
négro-africains. Il faut recentrer l’aménagement forestier en Afrique noire, l’enraciner dans les
valeurs de la négritude (L.S
.
Senghor), le prendre en charge par soi-même, lui faire porter la
marque de la personnalité et de l’authenticité africaine. Nous pouvons donc conclure qu’il est
temps d’affirmer l’urgence d’une approche postcoloniale de l’aménagement forestier pour sortir
du moule postmoderne occidental de la conception de la forêt. Il ne pourra y avoir de gestion
forestière durable en Afrique sans une reconnaissance des systèmes de valeur, styles de vie, us
et coutumes, savoirs des communautés autochtones sur les forêts. Ceci est d’autant plus
important que la forêt constitue le socle de l’identité de plusieurs peuples. L’émergence d’une
sorte de « culture commune » de l’aménagement forestier n’est possible qu’à travers une
mutualisation des savoir-faire sur la forêt. Cela permet d’éviter l’appauvrissement de la diversité
culturelle dans le domaine forestier, voire la domination d’une certaine conception de la gestion
forestière sur les autres.