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1.6.2 L’aménagement forestier et les types de société
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Laurent MERMET,
professeur à AgroParisTech, département Sciences économiques, sociales et
de gestion (SESG), France,
laurent.mermet@engref.agroparistech.fr.
Christine FARCY,
chargée de recherches et maître de conférences, Université catholique de
Louvain, Belgique,
christine.farcy@uclouvain.be.
À partir d’une distinction classique, générale forcément réductrice, mais néanmoins intéressante,
entre les types de société, Mermet et Farcy (2011) proposent un modèle pour penser
l’aménagement forestier de manière diversifiée. Les auteurs distinguent l’aménagement forestier
dans les sociétés industrielles, agraires, tributaires des forêts et post-industrielles. Ils souhaitent
montrer que les aménagistes doivent maîtriser des connaissances diversifiées s’ils veulent
travailler dans des écosystèmes culturels et symboliques différents.
Dans les sociétés industrielles, les principes de l’aménagement forestier sont l’intensification et la
rationalisation de l’exploitation technique et économique de la forêt. On assiste à une
spécialisation des espaces et à une marginalisation des usages locaux. La plupart des institutions
d’enseignement et de recherche ont été créées pour alimenter ces modèles d’exploitation.
L’efficacité et la rentabilité sont des mots-clés.
Les sociétés agraires tirent leurs ressources de l’agriculture, du pastoralisme. La forêt fait l’objet
d’utilisations diverses : parfois pour répondre à des besoins directs (bois de chauffe par exemple
ou pâturage), mais aussi parfois pour la mise en marché de bois.
Dans les sociétés tributaires de la forêt, les humains vivent de toutes les ressources forestières
essentiellement hors marché. L’aménagement de la forêt est lié aux besoins des populations qui
y vivent. Aujourd’hui, dans ces sociétés, on assiste à des modifications profondes du lien à la
forêt. Les usages propres des peuples qui y vivent s’élargissent à la production de ressources
commercialisables ailleurs dans le monde (café, cacao, etc.). Les plantations d’arbres
pourvoyeurs de richesses monétaires remplacent des écosystèmes forestiers moins productifs.
Enfin, les sociétés post-industrielles privilégient des usages multiressources des forêts. Si la
logique industrielle reste majoritaire, on assiste à la superposition de visions et de pratiques
plurielles et contradictoires, avec des réflexions qui vont du mondial à l’hyper-local.
L’aménagement devient un problème de gestion de la pluralité (des visions, des pratiques, des
attentes, des langages techniques, économiques et sociaux, des régimes de décision, etc.).
Durabilité, participation et gestion adaptative deviennent les principaux mots-clés.
La typologie proposée pour diversifier les cultures permet d’envisager la complexité actuelle des
aménagements forestiers dans une perspective d’économie verte. Par exemple : vouloir qu’une
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Le texte qui suit est inspiré des deux auteurs mentionnés. Il a été réécrit par Nicole Huybens pour les
besoins de ce chapitre.