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logique industrielle devienne la règle de l’aménagement forestier partout dans le monde est
réducteur par rapport à la diversité des situations et des besoins humains contemporains en lien
avec la forêt. Si cette logique a ses avantages (rentabilité, efficacité et spécialisation des espaces
qui rendent l’exploitation plus simple), elle a aussi ses inconvénients (chute de la biodiversité,
uniformisation des paysages, non-respect de la sociodiversité au nom d’une forme d’efficacité
économique, impossible prise en compte de l’intangible qui ne peut pas se monnayer, etc.).
Le discours sur la
multifonctionnalité
des forêts des sociétés post-industrielles pourrait donner à
penser que la conception industrielle de l’aménagement est soluble dans un cadre plus large, où
elle s’articulerait harmonieusement avec d’autres attentes. Il faut toutefois se poser la question de
savoir si cette approche est souhaitable partout, même si l’on ne peut douter qu’elle soit
souhaitable parfois. Remplacer un mode d’aménagement forestier par un autre, même s’il semble
plus souhaitable à certains acteurs constituerait un appauvrissement : le modèle industriel qui a
prévalu en Occident commence à y perdre son hégémonie en raison de ses effets pervers. Il
serait très malvenu de l’imposer ailleurs, par exemple en transférant des connaissances qui sont
liées à ce seul modèle.
Mermet et Farcy pensent que la recherche sur l’aménagement forestier et son enseignement
doivent reposer avant tout sur une compréhension aussi approfondie que possible des
écosystèmes forestiers. L’intégration des autres dimensions devrait se faire alors autour de ces
éléments, par ajouts de composantes économiques, sociologiques, de techniques d’animation,
etc. Cependant si ce modèle est parfait pour les sociétés post-industrielles, il n’est peut-être pas
adapté à des sociétés dont les connaissances sur l’écosystème sont liées à des traditions et des
usages.
D’ailleurs, les auteurs considèrent que les points de vue légitimes sur les forêts sont nombreux et
a priori non hiérarchisables de manière universelle. L’anthropologue, le botaniste, le forestier,
l’économiste, l’historien, etc. ont chacun un apport utile à faire et le domaine de l’aménagement
forestier devrait alors s’organiser comme un lieu de dialogue et de collaboration.
L’enseignement et la recherche sur l’aménagement forestier devraient aujourd’hui garantir la
diversité inévitable et souhaitable des approches pour maintenir en vie ce que les humains ont
mis en place depuis la nuit des temps dans leurs relations aux arbres et aux forêts. C’est une
nécessité écologique et humaniste à la fois.
Dans les sociétés industrielles, les forêts ne sont pas gérées en fonction de ce qui est bon pour la
nature ou pour les populations, mais plutôt en fonction de ce qui est bon pour la croissance
économique. «
Dans notre aveuglement, nous avons affaibli les capacités extraordinaires de la
Terre nourricière, notamment sa capacité de régénération, grâce à laquelle elle fournit en
abondance les nutriments et l’énergie indispensables pour subvenir durablement à nos besoins