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2. Principales pratiques socioculturelles liées à la FMTE
Approvisionnement quotidien en ressources vitales
L’analyse du contenu des propos d’acteurs et l’observation de leurs faits et gestes quotidiens ont
permis de ressortir la fonction socio-économique de la FMTE. En effet, il en ressort que les
formes les plus répandues et les plus fréquentes d’exploitation des ressources naturelles de la
FMTE par les riverains sont la chasse, la pêche, l’exploitation de plantes médicinales, le
prélèvement de bois de chauffe, principale source d’énergie en milieu rural, et le prélèvement de
matériaux d’origine végétale pour la construction (rotin, feuilles de raphia…) ou la fabrication
artisanale de différents objets dont certains sont les principaux outils de travail des pêcheurs
(nasses, pirogues…) ou des transporteurs par voie fluviale ou lagunaire (bateaux…).
La pêche à la nasse est, de loin, la forme d’exploitation la plus pratiquée par les riverains de la
FMTE. Au total, 87,1 % des paysans riverains interrogés sur leurs activités affirment pratiquer la
pêche dans la FMTE qui est, selon eux, l’une des activités les plus lucratives dans la région.
« Cette forêt (FMTE) est une marmite pour nous »
.
Ces propos du Chef du village de Kadjakro
traduisent le fait que les riverains trouvent l’essentiel de leurs moyens de subsistance dans la
FMTE. Pour souligner l’importance économique de la pêche, le même chef renchérit :
« il y a
deux traites dans cette localité, à savoir la traite du café-cacao et la traite du poisson ».
Culte aux génies protecteurs, habitants de la forêt
La nature occupe une place primordiale dans les pratiques religieuses traditionnelles de la plupart
des groupes ethniques de Côte d’Ivoire. Ainsi, dans tous les villages riverains à la FMTE, il existe
des lieux sacrés qui sont, soit des îlots de forêts, soit des cours d’eau ou des mares, à l’exception
de Kongodjan Tanoé peuplé, en majorité, d’immigrants musulmans. Ces sites sacrés constituent
le repère des génies protecteurs des villages et de leurs populations. Des cérémonies d’adoration
de ces génies ont lieu au moins une fois par an, dans la FMTE qui constituerait leur habitat
principal (Zadou et al., 2011). Des interdictions régulent l’accès à ces cours d’eau et forêts dont la
FMTE. Par exemple, il est interdit de s’y rendre le mercredi ou
« manin »
pour les
Agni
et
« manan »
pour les
Apollo;
de sorte que ce jour, aucune activité en rapport avec la forêt n’est
permise. Selon le chef de terre de Nouamou
‘‘azrèh minnin’’
en
Apollo
et membre du canton
« adouvlê »
,
«
c’est un jour consacré aux génies et autres habitants de la forêt. Auparavant,
lorsqu’on s’y hasardait ce jour, ce sont des sons de tambours qui se faisaient entendre. On
pouvait aussi se perdre et se retrouver facilement de l’autre côté de la rive, au Ghana ou même
disparaître »
(Zadou et al., 2011). D’autres diront que «
c’est la volonté des génies de la forêt,
car
c’est ce jour-là qu’ils ont choisi pour se promener ».
Par ailleurs, en dehors de ces interdictions
qui s’appliquent à tous, aucune femme n’est autorisée à traverser les cours d’eau sacrés,
pendant la période de menstruation. En cas de violation de cette interdiction, des sacrifices sont
exigés aux fautives pour éviter qu’elles s’attirent la colère des génies et de pires malédictions.