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Ainsi, l’implantation des sanctuaires et les rites qui se déroulent dans les forêts et les plans d’eau
permettent la survie des ressources naturelles (Houngnihin, 1998).
Recours aux singes pour « purifier » la société humaine
Les sociétés traditionnelles africaines en général sont régies par des lois sociales qui se
transmettent de génération en génération (Sow, 2001). C’est le cas pour les populations
riveraines à la FMTE. Les "
anciens"
communiquent autour de ces lois afin de ne laisser aucun
natif des villages, parfois du groupe ethnique concerné dans l’ignorance. Ces lois prévoient des
"
antidotes",
pour enrayer la malédiction et autres conséquences liées à leur non-respect. Ces
solutions sont appliquées soit au contrevenant, si les conséquences ne concernent que lui et sa
famille, soit à la communauté entière, si le village tout entier est concerné par ces conséquences.
« Le dixième enfant et celui qui naît d’une femme qui, après avoir mis au monde un enfant, tombe
de nouveau enceinte sans avoir eu ses menstrues au moins quatre fois, sont considérés par la
société traditionnelle, comme des enfants maudits. Pour enrayer cette malédiction, nos parents
utilisaient les excréments du singe "fôlê" pour faire des sacrifices pour ces enfants »,
propos d’un
notable du village de Dohouan, situé à la périphérie de la FMTE
.
Dans le cas présent, l’"
antidote"
est détenu par le colobe de Geoffroy -
Colobus vellerosus-
une espèce de singe nommée "Fôlê"
en langue locale. Les dépositaires des traditions utilisent les crottes de ce singe dans des
cérémonies expiatoires pour annuler ou mettre fin à la malédiction qui pèserait sur ces enfants à
la naissance.
3. Quand les logiques socio-culturelles font des communautés locales, de véritables
défenseurs de la nature
Sauver les espèces ayant une fonction sociale importante
Les populations des villages riverains, avec en première ligne les gardiens de la tradition ou
dépositaires de la tradition (chef de terre, chef de village…), sont conscientes de la dégradation
des forêts. Elles sont également conscientes des risques encourus par les forêts, lieux sacrés et
leurs habitants, gages de leur équilibre social et culturel. Du fait de la disparition de la plupart des
forêts de la zone d’étude, la FMTE constitue l’un des derniers refuges pour certaines espèces
animales et végétales très importantes pour des pratiques traditionnelles. L’une des logiques
socioculturelles en faveur de la conservation de la forêt est bâtie autour du fait que les crottes
d’une espèce de singe, le
"fôlê"
, soient utilisées par les peuples du canton « adouvlê » pour des
cérémonies expiatoires. En effet, la survie du
"fôlê"
dépend vraisemblablement de celle de la
FMTE. La disparition de cette forêt serait donc lourde de conséquences pour la société
traditionnelle qui perdrait d’importants repères culturels. Les populations riveraines de la FMTE
sont conscientes de ces faits et c’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux interdits
régulent l’accès aux forêts et lieux sacrés. Ces interdits sont en partie érigés pour protéger ces