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Inza Koné et ses collègues du Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire et de
l’Université d’Abidjan présentent l’analyse d’une mobilisation sociale inédite pour sauver la Forêt
des Marais Tanoé-Ehy (FMTE), du domaine rural dans le sud-est de la Côte d’Ivoire et y mettent
en évidence le rôle des logiques socioculturelles. Cette initiative a permis, en faisant appel aux
mythes et aux croyances traditionnelles d’une population indigène, une conservation efficace d’un
écosystème forestier et des espèces menacées de primates qui y sont inféodées dans un pays
où avec une perte de 67 % des surfaces forestières depuis 1960, les forêts restantes sont en
train d’être totalement dégradées.
Le programme mis en œuvre par les partenaires du Centre suisse de recherche en Côte d’Ivoire
a pris en considération la culture, les mythes et les explications des autochtones pour son action
de sensibilisation. Il devenait alors plus facile pour les populations locales de mener une lutte
pour préserver la FMTE au côté des autres acteurs, parce qu’elles ont appréhendé l’« intérieur »,
c’est-à-dire par le biais de leur culture, l’essence même de cette action et des activités menées
par le programme.
En effet, les génies protecteurs des villages ne peuvent résider en dehors des lieux et sites qui
leur ont été consacrés par les ancêtres des populations dont ils assurent la protection. Et même
si les dépositaires de la tradition avaient le pouvoir de leur aménager une nouvelle demeure,
encore faudrait-il que des forêts et autres lieux propices existent encore. La FMTE pourrait être
une solution à ce problème, ce qui explique en partie la participation active des populations
riveraines et des institutions locales aux activités de préservation de cette forêt.
Les logiques socioculturelles liées à la forêt en général et à la FMTE en particulier jouent un rôle
prépondérant dans la mobilisation sociale (surtout celle des populations riveraines) en suscitant
chez celles-ci un intérêt particulier pour la préservation de cette forêt. Elles permettent de
comprendre comment les populations appréhendent de l’« intérieur » et par analogie à
l’importance que revêtent pour elles les pratiques culturelles, les stratégies traditionnelles de
protection des lieux sacrés et les objectifs de conservation de la FMTE. En effet, en s’appuyant
sur leurs repères culturels, ces populations perçoivent clairement la nécessité de préserver la
FMTE et ses ressources. Le fait que la grande majorité des villages aient en commun une
tradition basée sur l’adoration des lieux et sites sacrés favorise leur adhésion à toute mesure
visant à assurer directement ou indirectement la pérennisation de cette tradition.
Pour sa part, Patrice Bigombé Logo, enseignant-chercheur à l’Université de Yaoundé II au
Cameroun et directeur du Centre de recherche et d’action pour le développement durable en
Afrique centrale (CERAD), présente une étude de cas qui montre les bénéfices de la valorisation
des connaissances traditionnelles et locales dans l’aménagement forestier et la conservation de
la biodiversité en Afrique centrale.
Cette étude menée chez les « Pygmées » prend acte de l’étroitesse et la profondeur des liens
entretenus depuis des millénaires qui expliquent, entre autres, l’étendue et la solidité des