Page 8 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_02

Basic HTML Version

2-5
connaissances dont les populations forestières sont dépositaires en matière de gestion durable
des forêts et de conservation de la biodiversité. L’expérience se passe dans le parc national de
Campo-Ma’an, qui fait partie intégrante de la forêt éponyme, dans la région du sud du Cameroun.
Comme le souligne le texte de Nicole Huybens, il est démontré dans cette étude qu’il faut
davantage explorer les expériences et approches de valorisation des connaissances
traditionnelles et locales dans l’aménagement forestier et la conservation de la biodiversité.
La complémentarité et l’enrichissement mutuels des connaissances traditionnelles et locales sur
la gestion des forêts et des savoirs scientifiques modernes posent les bases de l’hybridation des
systèmes de gestion durable des forêts et de conservation de la biodiversité par des aires
protégées. Cette démarche pluraliste, enchâssée dans la gestion participative, reconnaît et
concilie les intérêts multiples dans la gestion forestière et responsabilise les populations. De l’avis
de l’auteur, il faut envisager son institutionnalisation, avec des adaptations contextuelles, dans
l’ensemble du Bassin du Congo, dans les politiques et les pratiques de gestion des aires
protégées et des concessions forestières.
Conclusion
Ainsi, le chapitre 2 nous permet d’apprécier l’importance et la légitimité des services culturels,
sociaux et spirituels de la forêt, une fonction intangible attribuable à l’interaction des humains et
de l’écosystème. Le défi pour l’économie verte est de prendre en considération, non seulement
l’existence de cette dimension, mais sa valeur réelle et de rétablir les termes de l’échange. Si les
savoirs traditionnels des peuples forestiers présentent une valeur ajoutée pour les fonctions de
conservation et d’exploitation des ressources ligneuses et non ligneuses des forêts, il faut que
cette valeur soit reconnue et rétribuée de telle façon que ces populations, détentrices de savoirs,
ne soient pas contraintes par la pauvreté à chercher ailleurs leur subsistance et à oublier ces
savoirs séculaires. Si par ailleurs ces cultures peuvent nous apprendre plus sur nous-mêmes
comme humanité, il faut leur consacrer plus que des musées. L’économie verte doit donc élargir
ses cadres et favoriser des transferts de richesse vers les gens qui sont les intendants des forêts
depuis des millénaires. Ces populations étant parmi les plus démunies du monde, elle contribuera
ainsi à l’éradication de la pauvreté telle que préconisée par les Objectifs du Millénaire.
Enfin, comme nous le rappelle Nicole Huybens, l’économie verte ne résoudra pas les problèmes
de pauvreté si les recommandations de la Francophonie se limitent à « lutter contre la pauvreté ».
Accroître le bien-être des humains sur la planète, particulièrement de ceux qui n’ont rien ou pas
grand-chose ne passe probablement pas par le fait d’accroître le taux de profit. Le monde entier
n’est pas pauvre, mais les richesses sont bien trop mal réparties pour envisager l’économie verte
sans une réflexion de fond sur le phénomène. Comme il est souhaitable de partager les
connaissances, il serait aussi souhaitable de mieux répartir les richesses. Et dans ce cas, les
actions pour éradiquer la pauvreté se situent certainement autant dans les pays riches que dans
les pays pauvres.