Page 83 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_03

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pourtant essentielle dans un régime d’échange de permis d’émission basé sur le marché : si les
crédits carbone acquis par les entreprises et les pays ne proviennent pas d’un projet ayant
changé les pratiques, cela revient à créer de la « fausse monnaie climatique »
(hot air)
. En 2005,
la Coalition for Rainforest Nations, qui regroupe une trentaine de pays forestiers du Sud, propose
un nouveau mécanisme, la REDD, qui initialement visait la seule « déforestation évitée ». L’idée
est simple : rémunérer les pays en développement qui réduisent la déforestation sur une période
donnée. Elle suscite un engouement sans précédent dans la communauté internationale, et la
treizième conférence des parties à la convention Climat (Bali, 2007) suggère de la prendre en
compte dans l’accord post-Kyoto.
L’épineux problème du scénario de référence
Le choix de la période de référence servant à mesurer la réduction de la déforestation est l’un des
débats les plus épineux sur la REDD. Faut-il comparer le niveau de déforestation de la période
d’engagement (par exemple 2015-2020) avec une période passée, ou en projetant un scénario
tendanciel
(business as usual)
, éventuellement modifié en fonction de critères politiques et
d’équité ? Le choix de la méthode aura des implications opposées selon les pays.
Ceux qui, dans un passé récent, ont subi une forte déforestation et dont le couvert boisé est peu
étendu seraient gagnants si c’est la période passée qui est prise en compte.
À l’inverse, les pays dont le taux de déboisement, faible par le passé, devrait s’accroître du fait
d’investissements dans les infrastructures routières et d’une expansion des surfaces agricoles
plaident pour un scénario tendanciel prenant en compte leurs besoins de développement. C’est
notamment la proposition défendue dans les négociations par les pays d’Afrique centrale
regroupés au sein de la Comifac (Commission des forêts d’Afrique centrale).
Se référer au passé suppose que les trajectoires de déforestation seront constantes dans le
temps. Or, il y a peu de raisons pour qu’une telle hypothèse soit vérifiée. Les taux de
déboisement sont liés au niveau de développement et à la transition démographique, et ils
tendent à s’infléchir quand les forêts se raréfient. En Malaisie et dans plusieurs régions
d’Indonésie, les grandes forêts de plaine ont été massivement converties, ces deux dernières
décennies, en plantations de palmier à huile ou autres spéculations agricoles. Les grands massifs
restants se situent principalement dans les zones montagneuses ou dans des régions éloignées,
plus coûteuses à exploiter et à convertir. Les réductions futures seront donc en grande partie
« mécaniques », liées à la raréfaction des forêts. À l’opposé, les pays du bassin du Congo
connaissent des taux de déboisement relativement modestes, non grâce à une quelconque
« bonne gouvernance », mais du fait du mauvais état des infrastructures et de la faible attractivité
de cette région pour les grands investissements agricoles. Dans l’immense République
démocratique du Congo, le taux de déforestation annuel net est de 0,22 %, mais il ne fait guère
de doute que, si la situation politique se stabilise durablement, la remise en état des