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États agissent. Mais aucune formule ne permet de savoir si les rémunérations correspondront
bien à des réductions additionnelles, imputables aux politiques et actions menées.
Et il faut compter également avec le comportement « stratégique » des États. Ainsi le Guyana,
malgré des taux de déboisement quasi nuls jusqu’à présent, a présenté en août 2009 un scénario
de référence prévoyant la conversion de 90 % de ses forêts en cultures industrielles au cours des
vingt-cinq prochaines années – et ce afin de maximiser ses chances d’être rémunéré pour un
déboisement inférieur. Un autre effet pervers possible est celui de la généralisation d’une forme
de chantage écologique («
Payez-moi ou je laisse détruire mes forêts
») à l’opposé de la
responsabilité nécessaire des gouvernements sur un sujet aussi crucial pour le bien commun. Le
risque avec un système
cap-and-trade
basé sur les « performances » (réduction de la
déforestation par rapport à une référence) est qu’il rémunère le résultat de circonstances plutôt
que des efforts. Si, en outre, c’est un mécanisme de marché qui est retenu, il est probable que
cela contribue à introduire de la fausse monnaie climatique, alors que le marché peine à
maintenir un prix du carbone suffisamment élevé pour être dissuasif. En offrant de nouvelles
échappatoires aux nations et entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre, cette
solution affaiblit encore plus le système d’incitation recherché par le protocole de Kyoto.
Affronter les problèmes structurels
La formule d’un fonds international appuyant des politiques de transformation agro-foncières est
la seule qui permette de s’attaquer aux causes structurelles du déboisement et de financer des
réformes dont l’impact sur la déforestation ne peut être directement et immédiatement mesuré –
ce que le marché ne peut pas faire. Les priorités seront différentes selon les pays, mais on
entrevoit sans mal les bénéfices (et pas seulement pour la forêt) de réformes agro-foncières
renforçant le droit de propriété des paysans et introduisant des pratiques agricoles plus
productives et plus durables.
Reconnaître aux communautés vivant dans les forêts des droits fonciers opposables les aidera à
faire face aux dynamiques montantes d’accaparement des terres menées par des groupes
d’agrobusiness à la recherche d’espaces boisés peu peuplés. La gouvernance est aussi une
question clé : financer la réorganisation de l’administration forestière et des systèmes de contrôle
peut s’avérer déterminant. Comme le renforcement de la justice : de nombreuses lois défendent
la forêt, mais elles sont trop souvent violées en toute impunité.
Processus éminemment politique, ces réformes ambitieuses, notamment foncières, engendrent
des gagnants et des perdants. Les faire accepter passe par des compensations aux perdants,
d’où l’utilité d’un fonds amplement doté. L’échelle du pays n’est pas la seule sur laquelle agir.
Encourager les paysans à conserver les arbres, reboiser et protéger les forêts existantes
nécessite des programmes de paiements pour services environnementaux (PSE) à grande
échelle.