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c’est-à-dire tournés vers l’investissement, peuvent combiner des incitations directes avec une
conditionnalité qui a fait défaut précédemment.
Les PSE doivent ajouter à la compensation des coûts d’opportunité une subvention
d’investissement ad hoc limitée dans le temps. Cette subvention servira pour aménager des
zones déjà défrichées et y conduire des cultures permanentes avec de nouvelles techniques
agricoles durables. Elle n’aura de sens que si elle s’insère dans un dispositif proposant des
itinéraires techniques agricoles alternatifs viables, des programmes de crédit rural, des
procédures de sécurisation foncière par l’enregistrement et la cartographie des droits locaux. Un
tel dispositif doit être accompagné d’un programme intégré d’appui et de formation agricole, afin
d’accompagner les paysans et réduire le risque d’échec.
Ceci conduit à évaluer le besoin de financement de ces programmes bien au-delà du seul coût
d’opportunité (coût associé au renoncement aux pratiques de déboisement). La permanence des
réductions des émissions (une forêt peut toujours brûler ou être remplacée par d’autres usages)
et l’additionnalité (la forêt serait conservée même sans paiement) sont des problèmes qui ne
disparaissent pas avec les PSE, mais on peut tenter de les contenir en évaluant au préalable les
projets. Une telle évaluation n’est pas possible dans une approche nationale fondée sur le
marché, le paiement, inconditionnel, étant basé sur les « résultats » qui peuvent être
artificiellement générés par l’adoption d’un « scénario de référence » autorisant un large
accroissement de la déforestation au nom de « circonstances nationales » qui risquent d’autoriser
toutes les dérives…
L’avenir incertain de REDD+
L’avenir de REDD+ est toujours extrêmement incertain, au moins en tant que mécanisme
multilatéral unifié. L’architecture et les règles de gouvernance de cet instrument n’ont toujours pas
été décidées après la conférence de Durban, et trouver un consensus semble extrêmement
difficile. Certains analystes des marchés financiers avancent que les crédits potentiels issus de la
REDD+ ne seraient pas acceptables dans un marché réglementé du carbone, dans la mesure où
ils comportent des problèmes insolvables de validation pour être échangés sur des marchés
dérivés (The Munden Project, 2010). L’explosion des projets REDD+ doit sans doute plus être
analysée sous l’angle d’opportunités de court terme, conduites sous le parapluie emblématique
de la REDD+, qui tend à devenir une “marque”. Il est difficile de penser que ceci pourrait
constituer les prémices d’un régime régulé qui pourrait traiter les moteurs de la déforestation.
Jusqu’à maintenant, REDD+ n’est qu’un mécanisme de financement pour une phase de
préparation, laquelle est supposée poser les jalons d’un régime basé sur le marché avec des
rémunérations indexées sur les performances. Mais ceci est de plus en plus hypothétique du fait
de la complexité des débats techniques, qui cachent mal les intérêts divergents des États et des
acteurs en lice. Et sans un accord général dans la négociation climatique pour une nouvelle
période d’engagement, les chances de voir émerger un marché et un mécanisme REDD+ basé
sur les performances dans un régime régulé sont encore plus faibles.