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Mais pour un mécanisme REDD+ appuyé sur des fonds publics, les perspectives peuvent être
différentes. Un financement durable de la lutte contre la déforestation, un bien public mondial,
exige des ressources nouvelles. Même au cœur de la crise financière qui affecte les finances
publiques de nombreux pays industrialisés, le besoin de trouver de nouvelles sources de
financement pour combler les déficits budgétaires nationaux, mais également pour financer les
biens publics nationaux et internationaux fait son chemin dans les opinions publiques et auprès
des gouvernements. L’étonnant ralliement à la taxe Tobin de nombreux décideurs politiques,
quelque chose considéré comme très improbable quelques années auparavant, légitime cette
manière de voir les choses. Dans le même ordre d’idées, des taxes carbone sont de plus en plus
considérées comme nécessaires, aux côtés de systèmes de
cap-and-trade
. Un rapport
commandé par les Nations Unies sur le fonds vert climatique, recherche les moyens de constituer
un budget annuel de 100 milliards de dollars pour financer la lutte contre le changement
climatique dans le monde en développement
19
. Une étude coordonnée par la Banque Mondiale
sur le potentiel fiscal de différents instruments économiques dont des taxes sur les carburants
aériens et maritimes, le carbone émis, l’électricité, les transactions financières, les véhicules, a
été remise aux dirigeants du G20
20
. Une fraction de l’argent espéré pourrait financer des
politiques REDD+, c’est-à-dire apporter les moyens nécessaires pour traiter plus efficacement les
moteurs de la déforestation et financer les réformes de structures indispensables qui sont
nécessaires pour parvenir à des changements importants dans les pratiques agricoles, les
systèmes fonciers et les processus de décision quant à l’affectation des terres. Il sera peut-être
difficile de parvenir rapidement à un accord international sur le sujet, mais passer par un
mécanisme inadapté (le marché du carbone), au prétexte qu’il est plus facile de trouver un accord
international sur celui-ci, car il n’implique pas de mesures impopulaires, constituerait une décision
de courte vue.
Dans un tel mécanisme REDD+ appuyé sur des fonds publics, des systèmes de paiement pour
services environnementaux à grande échelle, inspiré par ceux mis en œuvre au Mexique et au
Costa Rica, pourraient jouer un rôle majeur pour fournir les incitations aux producteurs locaux afin
qu’ils gèrent durablement les écosystèmes qu’ils utilisent. L’équilibre qui s’établira entre un
mécanisme REDD+ basé sur les fonds publics, d’une part, et les initiatives privées qui
s’orienteront plus vers la mise en œuvre de projets de compensation carbone est difficile à
prédire, mais on peut envisager que les deux systèmes coexisteront.
Mais, au-delà de la forêt, se pose le problème de nos modes de consommation individuels et
collectifs. Les forêts sont converties pour répondre à la demande croissante de consommation de
bœuf, le soja sert à nourrir le bétail, la demande d’huile de palme est stimulée par la demande
d’agrocarburants, la consommation croissante de papier conduit à déboiser les forêts dégradées
d’Indonésie pour planter des essences à croissance rapide… Partout dans le monde, de
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Voir
(consulté le 30 mars 2012)
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(consulté le 30 mars 2012)