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coupes ou en veillant à ce que les grumes extraites aient au moins un certain diamètre. Mais
l’exploitation minière des forêts se poursuit encore en de nombreux endroits du fait des coupes
illégales contre lesquelles il leur est bien souvent difficile de lutter. Certes, selon l’Organisation
internationale des bois tropicaux (OBIT), le volume issu de coupes illégales aurait sensiblement
diminué au cours de la décennie écoulée, notamment au Cameroun, au Brésil et en Indonésie;
mais elles représenteraient néanmoins encore entre 20 et 40 % de la production mondiale
industrielle.
Il en est tout particulièrement ainsi dans les forêts à essences grégaires de l’Asie du Sud-Est où
les peuplements arborés présentent une faible diversité spécifique et dans lesquelles la densité
des arbres à bois précieux ou semi précieux (principalement des diptérocarpacées) est
relativement élevée. L’ouverture trop massive du couvert forestier conduit à l’envahissement des
espaces exploités par une végétation secondaire arbustive et herbacée particulièrement propice
au déclenchement et à la propagation d’incendies en saisons sèches. Avec parfois pour effet
d’anéantir les espoirs de reconstitution d’un couvert arboré aussi favorable que celui des forêts
originelles, malgré tous les efforts destinés à y réensemencer des espèces utiles. L’Indonésie
perdrait ainsi l’équivalent de la surface de la Belgique en forêts tropicales, au profit principalement
de la menuiserie industrielle chinoise. À quoi s’ajoute, nous le verrons, la rapide déforestation
destinée à l’établissement de plantations de caféiers, de cacaoyers et de palmiers à huile. La
survie des orangs-outangs s’en trouve aujourd’hui menacée.
Alors que dans les années quatre-vingt-dix, la superficie forestière avait globalement décliné en
Asie de 0,7 millions d’hectares par an, les programmes de reboisement conduits en Chine, en
Inde et au Vietnam, auraient permis d’accroître celle-ci de 1,4 million d’hectares entre 2000 et
2010. Mais les replantations pratiquées par les grandes compagnies forestières asiatiques ont
été encore bien souvent des monocultures d’arbres à croissance rapide (le fast wood); ce qui
diminue en fait la valeur intrinsèque des forêts en questions. Le comble de l’absurde paraît avoir
été réalisé dans les années 2005 -2006 dans la vallée de Styx, à l’ouest de Hobart, en Tasmanie
(Australie) : des forêts primaires très riches en biodiversité et comprenant des arbres
gigantesques ont été coupées à ras, puis brûlées au moyen de bombes de napalm lâchés par
hélicoptère, afin de procéder peu après à leur reboisement avec une seule espèce d’eucalyptus,
en vue de leur exploitation ultérieure pour la fabrication de pâte à papier destinée à être exportée
vers le Japon. Pour empêcher les animaux sauvages de venir manger les jeunes plants, il a été
lâché aussi un puissant poison neurotoxique : le « composé 1080 ».
En Afrique centrale, du fait notamment de la plus grande diversité des espèces au sein des forêts
primaires et de la dissémination de chacune d’entre elles dans la mosaïque forestière, la réalité
de l’exploitation industrielle y est bien moins destructrice qu’en Asie du Sud-Est; on y prélève en
effet de nos jours un peu moins d’un arbre à l’hectare, en moyenne. Mais les vides laissés par les
arbres abattus peuvent atteindre 25 mètres de diamètre et la coupe d’un seul arbre peut entraîner
la destruction d’une trentaine d’arbres à son voisinage. La coupe sélective des seuls arbres utiles
implique par ailleurs une pression beaucoup trop forte sur certaines essences spécifiques qui