Page 23 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_04

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peinent alors à se régénérer. L’ébène
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, l’acajou
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le bété
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, la makoré
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et le wengé
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, figurent parmi
les espèces les plus menacées. L’aménagement de routes et le débardage des arbres abîment
ou détruisent d’autres arbres et arbustes. L’ouverture des pistes permet à de nouvelles
populations de s’établir à leur proximité et de pratiquer l’agriculture vivrière sur brûlis à leurs
abords, avec des conséquences souvent négatives sur les ressources forestières. Fréquemment
sous-payés, les ouvriers forestiers achètent volontiers la « viande de brousse » parce que c’est
souvent leur seule source de protéines. Il leur arrive même d’échanger des câbles d’acier et des
armes à feu avec les braconniers, ce qui accroît toujours davantage la pression sur la faune
sauvage. Et les grumiers sont généralement un des principaux moyens de transport de la
« viande de brousse ». Tant et si bien que le gorille des plaines, le chimpanzé et l’éléphant des
forêts, qui furent depuis toujours la principale source de nourriture pour les populations
autochtones et qui constituent encore une part importante de leur alimentation, sont aujourd’hui
menacés d’extinction.
À Madagascar, l’exploitation illégale du bois de rose destiné à l’exportation s’est concentrée sur
des zones forestières humides théoriquement protégées : les massifs de Masoala et Marojejy,
dans la région de Sava. Ici encore, l’exploitation forestière provoque des empiètements
secondaires, du fait notamment des coupes de lianes et de bois de flottage destinés à la
construction des radeaux pour le transport des grumes par rivière, et du braconnage de la faune
locale. Ces empiètements commenceraient à mettre en péril la survie d’un grand nombre
d’espèces de lémuriens, espèces endémiques du pays, et rendraient les forêts plus sensibles aux
incendies et aux cyclones. Et tout cela ne profite que très peu aux populations locales. Celles-ci
ne captent qu’une faible proportion de leur valeur (Andrianirina N. et al. 2010) : en 2009, les
bûcherons étaient payés seulement 10.000 ariary par rondin, soit 50 US $ par m3, alors que le
prix CAF du même bois de rose, à l’importation en Chine, vaut 3400 US $ le m3 : 68 fois plus!
Des phénomènes similaires à ceux d’Afrique centrale et de Madagascar sont aussi observés au
sein des forêts primaires d’Amérique latine, tout particulièrement dans le bassin du fleuve
Amazone, et les versants caraïbes de l’Amérique centrale et du Mexique. La surexploitation des
essences forestières les plus précieuses conduit à la raréfaction croissante de celles-ci
(mahogany, acajou, etc.); les routes informelles construites pour l’évacuation des grumes
favorisent l’établissement de nouveaux migrants, exploitants agricoles et chercheurs d’or;
l’extraction illégale des minerais utilisant des polluants comme le cyanure ou des métaux lourds
tel que le mercure y provoque de graves dommages sur les réserves halieutiques et la santé des
populations qui se nourrissent très largement de poissons.
Mais s’il est vrai que la disparition et la dégradation des forêts intertropicales, et la perte de
biodiversité qui en résulte, sont communément attribuées à l’exploitation forestière de type
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Diospyros crassiflora, et autres Diospyros
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Khaya ivorensis et autres Khaya
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Mansonia altissima
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Tieghemella heckelii
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Milletia laurentii