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industriel, il nous faut reconnaître que les premières causes en sont surtout la production de
charbon de bois et plus encore l’extension des superficies dédiées à l’agriculture et l’élevage. La
part imputable à l’exploitation de bois d’œuvre ne serait en effet que de 6 %; alors que celles
ayant pour origine l’exploitation du bois énergie et l’extension des surfaces agricoles et pastorales
seraient respectivement de 8 % et 85 %
La surexploitation du bois pour l’énergie.
D
ans les régions tropicales sèches à forte densité de population humaine, telles que le nord de la
Namibie, les États du Rajasthan et du Gujerat au nord-ouest d’Inde, le plateau central d’Haïti et
de nombreuses zones de l’Afrique sahélo-soudanienne, l’exploitation du bois énergie destiné à la
cuisson des aliments (bois de chauffe et charbon de bois) est devenue la principale cause de la
dégradation et de la disparition des forêts. La consommation de bois énergie y dépasse en effet
très fréquemment la capacité de renouvellement de la biomasse ligneuse collectée dans les
forêts claires et savanes arborées au sein desquelles le bois est récolté. Dans un pays comme le
Niger, où plus de 80 % de la population utilise le bois ou le charbon de bois pour la cuisine, 90 %
du bois récolté sert à la cuisson; et le déficit de renouvellement des ligneux serait estimé aux
alentours de 60 %.
Ce phénomène de déforestation est particulièrement accentué aux abords des grandes villes
(Dakar, Bamako, Niamey, etc.) où le bois fait l’objet d’un commerce intense et profitable. Les
populations urbaines préfèrent souvent l’achat de charbon de bois à celui du bois de chauffe, car
ce dernier est plus difficile et coûteux à acheminer et provoque davantage de fumée lors de sa
combustion. Le problème est que ce produit de la carbonisation ne contient au mieux que 40 %
de l’énergie initialement contenue dans le bois et incite donc les bûcherons à en abattre
davantage. Du fait des coûts de transport, ceux-ci ne sont guère enclins à couper le bois dans les
régions rurales les plus reculées et n’hésitent donc souvent pas à tailler prématurément les
jeunes repousses d’arbres et arbustes à la périphérie des villes, ce qui contribue à la
déforestation accélérée des ceintures périurbaines. Les ligneux qui se prêtent le mieux à la
fabrication du charbon de bois sont aussi malheureusement ceux qui pourraient encore procurer
du fourrage aux animaux des éleveurs en fin de saison sèche, à savoir principalement des
épineux de l’ordre des légumineuses, tels que les diverses espèces d’acacia et de Prosopis.
Cette compétition entre usagers pour l’accès à ces ressources aggrave encore davantage la
vitesse de dégradation du couvert forestier.
Pour éviter la surexploitation du bois énergie, nombreux ont été les États qui entreprirent de taxer
la coupe de bois en fonction du nombre de stères abattus, ou de délivrer moyennant paiement,
des licences et des quotas d’abattage aux bûcherons. Mais l’expérience a montré que les
moyens de contrôle étant particulièrement limités pour ce genre d’opérations, du fait notamment
du faible effectif ou de la sous-rémunération des gardes forestiers, il n’a guère été possible de
suivre et de vérifier les volumes effectivement exploités par une multitude d’acteurs souvent
dispersés dans de vastes espaces.