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forêt dense, ces herbes adventices ne peuvent guère proliférer et la chute régulière des feuilles
mortes contribue à la fertilisation organique des sols. Mais dans les régions forestières où la
densité démographique dépasse environ les 20 habitants par kilomètre carré cultivable, les
paysans se retrouvent souvent condamnés à cultiver plus fréquemment les mêmes terrains et à
réduire la durée des recrûs forestiers, avec pour effet de devoir affronter une plus grande
infestation de leurs parcelles par les « mauvaises herbes », une diminution du taux d’humus dans
les sols, et donc une baisse des rendements et de la productivité du travail.
Dans ce cas, la forêt laisse alors progressivement la place à un couvert herbacé (savanes ou
prairies) dont les feux épisodiques ne permettent plus l’élimination, mais peuvent au contraire
contribuer à son extension. Le recours fréquent aux brûlis tend à y empêcher le recrû des arbres
et arbustes et à y favoriser la multiplication des graminées. Ainsi en a-t-il déjà été souvent en
périphérie des forêts de Madagascar, d’Afrique centrale, d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est.
Les familles paysannes qui ne disposent toujours pas des moyens nécessaires au travail du sol
pour l’enfouissement des « mauvaises herbes », ni de ruminants leur permettant de valoriser les
nouveaux herbages, se retrouvent alors en crise, avec de grosses difficultés pour produire de
quoi s’alimenter par elles-mêmes. Des solutions techniques qui leur permettraient de surmonter
cette crise, en enfouissant notamment les herbes adventices par le moyen de labours ou en les
valorisant par l’élevage de ruminants, existent d’ores et déjà bel et bien. Mais les revenus des
ménages paysans sont bien trop souvent insuffisants pour pouvoir épargner et acquérir les
moyens qui leur seraient nécessaires à de tels changements techniques (Dufumier M. 2004).
Dans les régions intertropicales où la savanisation des espaces anciennement forestiers est déjà
très largement répandue, les éleveurs nomades, semi-nomades ou transhumants, ont souvent
recours à des « feux de brousses » pour y nettoyer les terrains envahis de broussailles et y
favoriser les recrûs herbacés en fin de saison sèche ou en début de saison des pluies, aux
dépens des ligneux. Cette pratique répétée annuellement sur des terres de parcours
généralement indivises est alors souvent considérée comme un des obstacles majeurs à la
reconstitution d’un couvert forestier dans la mesure où seules quelques espèces ligneuses
pyrophytes parviennent alors à se reproduire : tragédie des communs?
Les agricultures de « front pionnier » et le recul de la « frontière agricole » dans maints
pays tropicaux
À défaut de pouvoir trouver aisément une solution aux problèmes de l’enherbement et de la perte
de fertilité des sols dans les régions « savanisées » où l’agriculture d’abattis-brûlis n’est plus
« durable », maintes familles paysannes appauvries sont parfois condamnées à quitter leurs
villages d’origine et optent pour migrer vers de nouveaux pans de forêts encore squattérisables,
au risque, bien sûr, d’accélérer la déforestation dans les régions d’accueil. C’est ce qui s’est
passé avec les paysans du Burkina Faso et du nord de la Côte-d’Ivoire lorsque ceux-ci ont
entrepris de s’installer dans les forêts méridionales. Ils y ont été initialement plutôt bien accueillis
tant qu’il était possible d’y planter des caféiers ou des cacaoyers pour leur compte et celui des