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Ceci étant, le recul des dernières forêts intertropicales ne commence plus toujours selon ce lent
processus de « grignotage » de nouveaux terrains par des paysans appauvris et munis de
moyens rudimentaires. Il résulte aussi de plus en plus fréquemment de déboisements et
essouchements réalisés directement à grande échelle par de puissantes sociétés anonymes
équipées de tronçonneuses à moteurs et de bulldozers. Tel est bien le cas inquiétant des
plantations de soja qui ne cessent aujourd’hui de s’étendre aux abords de la forêt amazonienne
de façon à nourrir les volailles et les cochons européens en protéines végétales. De même en
est-il des gigantesques plantations de palmiers à huile récemment établies dans les îles de
Bornéo et Sumatra en vue de ravitailler notre planète en agro-carburants. L’Indonésie a perdu
ainsi plus du tiers de son couvert forestier entre 1990 et 2010. Le rapide essor des plantations
d’hévéas au Laos est tout aussi dramatique. D’après la FAO, la part de la déforestation imputable
aux changements d’affectation des terres au profit d’une agriculture ou d’un élevage à grande
échelle serait de l’ordre de la moitié en Asie et de plus des deux tiers en Amérique latine. Elle ne
serait par contre que de 14 % sur le continent africain (FAO 2011 a).
Le fait est que pour l’instant, l’Afrique centrale est encore peu affectée par la conversion brutale
de forêts en terrains agricoles destinés aux cultures d’exportation. Mais l’arrivée massive de
capitaux drainés par des fonds de pension internationaux et des fonds souverains étrangers
pourrait bien renverser cette situation dans un avenir proche. La presse se fait en effet très
régulièrement l’écho de l’accaparement d’immenses espaces (land grabbing) par de puissantes
sociétés étrangères à la périphérie des derniers massifs forestiers intertropicaux. Ce phénomène
inquiétant risque encore de s’aggraver du fait de la demande croissante en agro-carburants et en
protéines destinées à l’alimentation animale, en réponse au développement accéléré de la
circulation automobile et de la consommation de produits animaux dans de nombreux « pays
émergents » (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, etc.). L’idée est de produire à grande échelle,
du soja, de la canne à sucre, des palmiers à huiles, et même du bambou ou du jatropha, le plus
souvent en monoculture, sur d’immenses espaces, quitte à devoir essoucher complètement les
terrains nouvellement acquis. Mais il ne conviendrait surtout pas de s’illusionner sur les
retombées économiques pour les populations africaines concernées. L’expérience de l’Afrique
australe et des autres continents montre en effet que l’élargissement des surfaces cultivées et
pastorales aux dépens des forêts résulte pour l’essentiel du recours à des engins motorisés, avec
pour effet de remplacer les travailleurs par des machines. La moto-mécanisation des tâches
agricoles se traduit en premier lieu par une accélération de l’exode rural et ne contribue donc en
rien à résoudre la question de la pauvreté et de la sous-nutrition dans les campagnes. À titre
d’exemple, la culture de soja dans le Mato Grosso brésilien ne procure de l’emploi qu’à un seul
actif à temps plein pour 200 hectares.
Le sylvo-pastoralisme dans les régions méditerranéennes
Les forêts méditerranéennes abritent encore généralement une grande catégorie de produits
directement ou indirectement utiles pour les humains : bois, liège, résines, fruits (glands,
caroubes, etc.), herbes médicinales, plantes aromatiques, champignons, truffes, miel, fourrages