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pour les animaux, etc. Mais elles ne représentent plus aujourd’hui qu’une vingtaine de millions
d’hectares, soit déjà moins de 2 % de la superficie totale de la région.
Dans les pays du Maghreb et du Proche-Orient où la croissance démographique est élevée avec
une forte densité de la population rurale, les forêts sont le plus fréquemment de type communal ou
domanial. La surexploitation de ces forêts indivises et plus ou moins libres d’accès à quiconque est
depuis déjà longtemps à l’origine d’une dégradation continue des subéraies, chênaies et cédraies;
et la déforestation se poursuivrait encore aujourd’hui à un rythme de 2 à 3 % par an. La
surexploitation des bois de feu, les défrichements pour la conversion des terres à l’agriculture et le
surpâturage par les troupeaux de petits ruminants constituent les principales causes de la
dégradation continue et de la disparition progressive de ces forêts dont les conséquences les plus
visibles sont l’érosion des sols et la perte de biodiversité. Nombreuses sont ainsi les régions de l’est
et du sud méditerranéen à avoir déjà dramatiquement perdu tout ou partie de leurs anciennes forêts
à cause de l’extension des superficies mises périodiquement en cultures, du pâturage des sous-
bois par les moutons et les chèvres et de la recherche encore éperdue de bois de chauffage. Les
habitats forestiers laissent la place à des formations végétales de type arbustif et herbacé (maquis,
garrigue, matorral, etc.) dans lesquelles les espèces épineuses ou toxiques pour les animaux
tendent à prédominer peu à peu. La mise en place de mesures étatiques et répressives contre la
surexploitation des forêts s’est avérée généralement peu efficace; sauf lorsque les populations
locales ont été elles-mêmes en mesure de veiller à leur application, de façon à sauvegarder
collectivement un patrimoine dont elles pouvaient tirer un réel bénéfice (cf. l’étude de cas plus loin
dans ce chapitre sur les arganeraies du parc Souss-Massa au Maroc).
Sur la rive nord de la Méditerranée, l’intensification de l’agriculture sur les terres les plus fertiles a
permis de ne plus cultiver les surfaces les plus ingrates. L’industrialisation a pu accueillir les
agriculteurs les moins compétitifs; et l’exode rural qui en a résulté tout au long du vingtième siècle
a été à l’origine d’une réduction et même parfois d’un abandon des anciennes pratiques agro-
sylvo-pastorales et de bûcheronnage. Du fait de cet exode rural, les espaces forestiers sont
désormais beaucoup moins attaqués par les villageois; ils se sont peu à peu stabilisés et ont
même tendance à progresser de nos jours sous l’action conjuguée de la régénération naturelle et
des reboisements. La déprise agricole favorise la recolonisation des espaces anciennement
cultivés ou pâturés par les espèces de conifères les plus expansionnistes (pins d’Alep et pins
sylvestre) qui se sont très vite installés à peu près partout où cela leur était possible. Ces forêts
qui empiètent les terrains abandonnés par l’agriculture appartiennent presque toutes à des
propriétaires privés; mais ces derniers, héritiers des anciens agriculteurs et bergers, considèrent
leur exploitation insuffisamment rentable. N’étant plus régulièrement pâturés par les petits
ruminants, ces espaces forestiers en déshérence tendent inexorablement à s’embroussailler, au
risque de favoriser périodiquement l’éclosion et l’extension d’incendies spectaculaires en période
de forte chaleur et de grande sécheresse. Le paradoxe est que ce sont bien souvent aujourd’hui
les forêts domaniales qui bénéficient de la plus grande attention, et sont les plus soigneusement
entretenues, dans les pays du nord de la Méditerranée. Ceci afin de répondre surtout à la