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énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, etc.) nécessaires à leur fabrication et à leur
acheminement, il conviendra de mettre au point et promouvoir des systèmes de culture et
d’élevage qui soient plus productifs à l’hectare, mais aussi particulièrement économes en ces
produits.
Nous verrons que les systèmes de production agricole les plus « écologiquement intensifs »,
capables de satisfaire les besoins d’une population mondiale croissante tout en préservant
soigneusement les forêts primaires et leur biodiversité, sont ceux qui font un usage le plus
intense possible des ressources naturelles renouvelables ou pléthoriques : énergie solaire,
carbone du gaz carbonique en excès dans l’atmosphère, azote de l’air, éléments minéraux libérés
par l’altération des roches mères, etc. Ces systèmes de production agricole sont souvent ceux qui
associent étroitement et simultanément en leur sein la gestion durable des cycles de l’eau, du
carbone, de l’azote et des éléments minéraux, pour la fourniture des produits agricoles et le
maintien de la fertilité des sols : utilisation des résidus de culture pour l’affouragement des
animaux, recours aux déjections animales pour la fabrication de fumier ou de compost destinés à
fertilisation des sols, remontée biologique des éléments minéraux issus de la désagrégation des
roches mères vers les couches superficielles des sols, perturbation des cycles de reproduction
d’éventuels insectes ravageurs, etc. Ce sont aussi ceux qui intègrent en leur sein la plantation ou
du moins la préservation d’un couvert arboré et arbustif plus ou moins dense.
L’objet de travail des agriculteurs ne devrait donc plus jamais être considéré comme étant
seulement une parcelle, une culture ou un troupeau, pris chacun isolément. Il s’agit bien
davantage d’un agro-écosystème complexe que les agriculteurs s’efforcent d’aménager de façon
à y privilégier la croissance et le développement des espèces domestiques jugées
momentanément utiles, sans avoir pour autant à le simplifier ni le fragiliser exagérément. De
façon à éviter de telles simplification et fragilisation des agro-écosystèmes, il convient le plus
souvent d’y associer en leur sein une grande diversité d’espèces, de races et de variétés
domestiques, avec pour effet d’assurer une relativement grande résilience à l’égard d’éventuels
accidents climatiques ou sanitaires sans coût majeur en énergie fossile ni recours exagéré aux
engrais de synthèse et produits phytosanitaires (Altieri M.A. et Nicholls C. 2004).
Préserver une grande biodiversité culturale ou domestique dans les fermes va presque toujours
de pair avec le maintien d’une grande biodiversité spontanée ou sauvage dans les écosystèmes :
les organismes les plus susceptibles de nuire aux cultures ou aux troupeaux ne peuvent alors
proliférer subitement comme une traînée de poudre, du fait des barrières imposées par
d’éventuels concurrents ou prédateurs. Ainsi peut-on ne pas devoir éliminer chimiquement les
pucerons, si les coccinelles viennent à en limiter la prolifération. De même en est-il avec les
limaces, si les champs hébergent encore des carabes. Ces derniers sont en effet de redoutables
prédateurs d’œufs de limaces, mais ont besoin d’être hébergés au sein de zones « naturelles »
aux abords ou à proximité des parcelles mises en culture. D’une façon plus générale, on estime
que 9 espèces d’insectes auxiliaires des cultures sur 10 ont impérativement besoin de telles
zones refuges alors qu’il n’en est ainsi qu’une fois sur deux avec les insectes ravageurs. D’où