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l’intérêt de maintenir des arbres au cœur des parcelles cultivées ou des haies vives et des
bandes enherbées en leur bordure.
De tels systèmes de production agricole inspirés de l’agro-écologie sont de caractère artisanal et
exigent un travail plus intense et plus soigné que ceux inspirés de la production agroindustrielle à
grande échelle. Ils peuvent être à l’origine de la création de nombreux emplois, pour peu que les
soutiens publics accordés aux agriculteurs soient accordés de préférence aux paysans qui
s’engagent à les mettre en œuvre, plutôt que de favoriser l’agrandissement inconsidéré
d’exploitations surdimensionnées. Ces systèmes intensifs en travail sont donc particulièrement
intéressants lorsque prévalent des situations de chômage chronique, avec un coût d’opportunité
de la force de travail proche de zéro pour l’ensemble de la collectivité
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, quitte à envisager parfois
la transformation des produits et sous-produits au sein même des exploitations ou au plus près
des fermes, avec une attention particulière aux moyens d’éviter les pertes post-récolte ou post
abattage.
Enrichir les recrûs forestiers après abattis-brûlis et développer l’agroforesterie
Afin d’éviter l’extension de l’agriculture d’abattis-brûlis aux dépens des dernières forêts primaires
ou d’enrayer la savanisation des écosystèmes lorsque les agriculteurs tendent à répéter trop
fréquemment les périodes de mise en culture en rotation avec des friches de durées de plus en
plus courtes, il peut être envisagé d’enrichir ces friches d’espèces utiles dont les produits de
récolte présentent une relativement haute valeur par unité de poids ou de volume. De telle sorte
que les paysans puissent disposer de revenus complémentaires leur permettant d’améliorer leur
niveau de vie sans avoir à élargir les surfaces soumises régulièrement à l’abattis-brûlis. À l’image
de ce qu’ont pu réaliser de nombreux paysans de la région de Krui, dans le sud de l’île de
Sumatra, avec l’établissement progressif d’agroforêts à damar (Shorea javanica) : ces arbres
dont les agriculteurs souhaitaient ultérieurement extraire une résine de grande valeur ont été
produits en pépinières puis replantés simultanément avec le semis du riz pluvial et l’implantation
d’autres cultures associées (tubercules, poivriers, fruitiers, etc.), aussitôt après l’abattis-brûlis; ils
ont pu ainsi croître aisément au sein même de la végétation naturelle qui s’est établie après la
récolte des derniers produits vivriers, en ne laissant qu’une très courte durée à la phase de
croissance herbacée au sein de celle-ci. Les agroforêts qui en résultent aujourd’hui associent un
grand nombre d’espèces utiles et d’espèces spontanées auxiliaires et un étagement multi-strates
de la végétation qui rappelle la structure d’une forêt primaire. Tout aussi spectaculaires sont les
agroforêts à hévéas (jungle rubber) dans les plaines orientales de Sumatra, les jardins boisés à
fruitiers (durian, langsat, rambutan, etc.) dans la plaine occidentale de la même île et les
agroforêts à rotin dans la Kalimantan (de Foresta H. et Michon G. 1996).
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L’agriculture est l’un des secteurs d’activités où les prix du marché intérieur reflètent le plus mal les
coûts d’opportunités des ressources ne pouvant pas faire l’objet de transactions internationales (main-
d’œuvre, terrains, eaux souterraines, etc.).