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C’est dans cet esprit qu’un projet de développement rural a été mis en œuvre dans la province
montagneuse de Phong Saly, au nord du Laos, avec pour objectif de permettre aux paysans qui
pratiquent encore l’agriculture d’abattis-brûlis dans cette province montagneuse de développer
l’élevage de buffles sous couvert forestier et d’enrichir progressivement les recrûs arbustifs et
arborés post-récolte d’espèces végétales dont la production présente une haute valeur par unité
de poids ou de volume : cardamome médicinale destinée à la pharmacopée chinoise, rotin,
galanga, etc. L’expérience montre la viabilité économique de cette intensification agricole au sein
de véritables systèmes agro-forestiers; mais cette réussite ne s’est néanmoins pas révélée
suffisante pour convaincre les pouvoirs publics de renoncer à leur politique de déplacement des
populations autochtones et de plantations mono-spécifiques d’hévéas. Le gouvernement laotien
s’efforce en fait depuis déjà quelques décennies de mettre en œuvre un vaste programme
national d’éradication de l’abattis-brûlis, en déplaçant les populations montagnardes vivant en
forêt vers les fonds de vallées encore aménageables en rizières (Ducourtieux O. 2009).
En Afrique tropicale humide, tout comme en Indonésie, il existe aussi des expériences paysannes
de passage de l’agriculture d’abattis-brûlis à l’agroforesterie. Ainsi en a-t-il été au Burundi et dans
plusieurs régions de l’Afrique des grands lacs où, contrairement à ce qui peut être observé dans
des conditions écologiques relativement comparables sur les mornes d’Haïti, les régions les plus
densément peuplées sont aussi les plus arborées. Mais il est vrai que ce passage aux systèmes
de cultures associées sous couvert arboré relativement dense a mis généralement plus de temps
à s’imposer, suite le plus souvent à un épisode d’association de l’élevage à l’agriculture pour la
fertilisation organique des sols, à savoir plusieurs décennies après l’abandon de l’abattis-brûlis
(Cochet H. 2001). Malgré des interdictions officielles qui ont longtemps prévalu, il n’est pas rare
de voir associés dans un même champ des arbres de l’espèce Grevillea, des restes de
bananiers, des caféiers et des haricots. Des associations de cultures relativement similaires
peuvent être observées dans plusieurs régions d’altitude du Rwanda, de l’Ouganda, de la
Tanzanie et du sud-ouest camerounais : les diverses espèces végétales y sont renouvelées
successivement sans que l’on n’ait plus jamais recours à l’abattis-brûlis.
Dans les régions forestières littorales du golfe de Guinée, aux sols sableux et profonds, les
agriculteurs s’efforcèrent bien souvent de protéger et favoriser la reproduction et le
développement des palmiers à huile, au sein même des recrûs forestiers, après la récolte des
céréales, racines et tubercules. L’Elaeis guineensis est une essence de lumière dont la présence
fut pendant longtemps limitée aux seules rives des cours d’eau et lisières de clairières naturelles.
Mais la pratique de l’agriculture sur abattis-brûlis favorisa ensuite la multiplication spontanée des
palmiers dans les espaces momentanément exposés à la lumière. Les agriculteurs qui
exploitaient déjà les palmiers pour la production d’huile alimentaire, la fabrication de vin de palme
et la confection de tissus à base de fibres d’écorce, évitèrent soigneusement de tous les abattre
lorsqu’il leur fallait une nouvelle fois défricher les espaces forestiers dans lesquels avait
commencé leur propagation. Il s’est ainsi peu à peu constitué de véritables palmeraies, à l’ombre
desquelles les agriculteurs peuvent continuer de cultiver des plantes vivrières de cycle plus court,