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au prix de quelques éclaircies temporaires. Cette forme d’aménagement agro-forestier permet
désormais de nourrir des densités de population importantes (plus de 30 habitants au kilomètre
carré), sans que la forêt évolue pour autant vers des formes de savanes.
Les avantages des associations de cultures sous couvert arboré sont multiples :
La couverture végétale des sols étant à peu près totale durant la majeure partie de
l’année, ceux-ci sont protégés de l’érosion pluviale ou éolienne; l’infiltration de l’eau est
notamment favorisée par le maintien d’une structure des sols relativement poreuse;
Le micro-climat entretenu par ce couvert végétal multi-strates (arborée, arbustive,
herbacée, muscinale…) réduit l’évapotranspiration potentielle (ETP) dans le sous-bois et
y permet donc l’allongement de la durée de l’évapotranspiration réelle (ETR) et de la
photosynthèse;
Rares sont les rayons du soleil qui ne parviennent pas à être finalement interceptés par le
feuillage de la végétation pour les besoins de cette photosynthèse; l’ombrage au sol
réduit la température et la vitesse de la minéralisation de l’humus;
Assujetties à des conditions souvent très proches de celles de l’écosystème forestier
originel, ces agroforêts permettent le maintien du taux d’humus des sols grâce à
l’abondante chute des feuilles et branchages;
Les arbres participent au maintien de la fertilité minérale des sols par l’absorption en
profondeur des éléments minéraux primaires lixiviés ou libérés par l’altération des roches
du sous-sol, par leur remontée dans la biomasse aérienne, et par leur recyclage ultérieur
dans la couche arable lors de la chute des feuilles. Ils agissent donc des « pompes à
nutriments »;
Les arbres de l’ordre des légumineuses (fabales) contribuent à la fixation biologique de
l’azote de l’air et à la fertilisation azotée des sols;
Ces associations de cultures limitent par ailleurs la possibilité de propagation des agents
pathogènes spécifiques d’une plante donnée et contribuent à minimiser les risques de
très mauvais résultats en cas d’accidents climatiques;
Elles font un usage intensif des ressources naturelles renouvelables et permettent
finalement aux familles paysannes de produire de grandes quantités de calories et de
protéines alimentaires à l’hectare, et une grande gamme d’autres biens (fibres, résines,
miel, etc.), sans pour autant exiger d’avoir abondamment recours à des énergies fossiles
et à des intrants chimiques. Cette capacité à produire intensément réduit donc les
besoins d’aller défricher de nouveaux pans de forêts primaires
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(Torquebiau E. 2007).
Mais très souvent encore, des réglementations discriminatoires condamnent les pratiques
agroforestières. Ainsi les produits des arbres (bois, résines, latex, etc.) restent-ils encore
fortement taxés en Indonésie, alors même que cette taxation a été instituée pour protéger les
forêts naturelles de leur surexploitation. Plus grave encore, à l’ouest du Kenya, il est toujours
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Sauf quand le succès de l’agroforesterie conduit à attirer des immigrants, à augmenter la densité de
population et à accroître la « pression » sur les forêts environnantes.