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Le problème étant ainsi posé, les solutions de gestion qui en résultent sont soit la privatisation,
soit l’intervention de l’État. Dans ce dernier cas, les droits de propriété sont alors transférés à
l’État qui devient le gardien des ressources. Mais d’un côté, la gestion étatique est souvent
considérée comme lourde et surtout incapable de contrôler les pratiques des populations et les
interdictions. Or, sans les moyens pour les faire respecter, cela revient à laisser la ressource en
libre accès. Quand les règlements sont ambigus, inexistants, la « tragédie des communs » peut
facilement se produire. D’un autre côté, la gestion privée est accusée de créer des inégalités, de
produire de l’exclusion, ne réussissant souvent pas non plus à résoudre le problème
d’épuisement des ressources.
Il ne faut toutefois pas confondre les régimes communautaires avec un régime de libre accès, les
régimes communautaires imposent des limites à l’accès et l’exploitation des ressources ayant
leurs propres arrangements institutionnels. La propriété commune, contrairement à l’absence de
droits de propriété, se réfère à un ensemble de règles définies en lien avec l’appartenance des
membres à une communauté. C’est sur ces bases qu’un autre type de régime de propriété est
mis en avant, suite à Rio, afin de mettre en œuvre les politiques publiques, la gestion en
commun.
Les différents types de droits et de règlements influencent donc la relation homme-nature, mais
aussi les jeux de pouvoir. En effet, c’est au niveau de ce cadre et de la définition de ces différents
droits que pourra se faire la répartition des coûts et des avantages.
Le respect de ce cadre requiert l’existence d’une autorité capable, le cas échéant, d’infliger des
sanctions. Cette autorité va être l’objet de multiples stratégies par les membres de la structure
sociale afin de faire évoluer le cadre institutionnel en leur faveur. Plus les agents détiennent de
droits, plus leur contrôle sur les ressources concernées est grand et plus leur capacité
d’influencer l’évolution du cadre institutionnel est importante. Ce type de dynamique sociale peut
conduire à une société élitaire ou une minorité sociale de par son contrôle sur la formulation des
règles collectives et peut engager un processus qui suit ses intérêts propres.
Le renforcement du statut institutionnel des communautés locales passe aussi par le
renforcement des droits et devoirs des acteurs locaux envers les ressources naturelles
(implication dans une utilisation soutenable des ressources vivantes, droits d’accès et de
prélèvement) et le renforcement des capacités de négociation des populations locales visant à
favoriser l’implication autonome et renforcer le résultat de celle-ci lors des processus de prise de
décisions relatives à la gestion du milieu. Les communautés doivent pouvoir communiquer avec
le niveau régional, national et même international et conduire à terme à des changements
politiques.
Nathalie Rizzotti insiste sur le fait que la « communauté » n’est pas forcément homogène et ne
suit pas toujours les mêmes intérêts. Les individus ne se comportent pas comme s’ils étaient tous
unis dans un même objectif. En ce sens, parler de gestion en commun peut cacher en réalité une