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gestion à partir de règles communautaires dont certains membres peuvent bénéficier et d’autre
pâtir. Les stratégies ont souvent pour objectif l’accumulation de pouvoirs et l’acquisition de
capitaux économiques. Les individus peuvent tirer profit de leur appartenance communautaire en
s’appuyant sur leur statut et reproduire les inégalités.
En ce sens, la gestion participative passant par des règles traditionnelles ou locales peut
renforcer ou au contraire perturber les situations de pouvoir au niveau local et faire l’objet de
stratégies et de processus de manipulation et d’utilisation à des fins personnelles. Ces stratégies
et le statut qu’acquièrent les individus dans la communauté peuvent rendre l’efficacité de la
gestion en commun très relative.
En effet, les stratégies de pouvoir et d’accaparement de la ressource par certains individus
supposent également l’exclusion d’une autre partie de cette communauté.
Si l’on vise à une gestion durable, l’exclusion des bénéfices d’une ressource peut provoquer des
dégâts majeurs sur celle-ci. Même si les règles sont collectivement décidées, certains acteurs
peuvent être exclus du processus de décision. Le régime de propriété commune, même s’il établit
des droits et obligations envers les différents membres, pose la question de l’exclusion des non-
membres et de la réaction de ceux-ci face à leur exclusion avec pour conséquence des risques
de stratégies de dégradation. La communauté comme unité de base n’a pas besoin d’être
homogène dans le sens où tout le monde aurait le même pouvoir. Il suffit que les règles établies
s’appliquent à tout le monde de manière contraignante pour que la gestion communautaire soit
efficace.
N. Rizzotti rappelle que la gamme des ententes de cogestion, c’est-à-dire le partage des
responsabilités, est vaste allant de la simple information aux communautés au contrôle collectif
local avec des rôles et pouvoirs légalisés. La situation se complique en raison de la myriade de
décisions à prendre incluses dans la gestion : élaboration de politique, planification,
établissement de règles, investissements, répartitions, suivi et exécution des règlements,
arbitrage des conflits, suivi des mesures. Les réglementations locales ne sont viables que
lorsqu’elles sont reconnues par l’État. La cogestion se base sur une entente officielle entre toutes
les parties sur les droits, les responsabilités et les procédures énoncées en détail, relativement
aux diverses ressources. Cette cogestion peut s’adapter en fonction des besoins de l’écosystème
et des utilisateurs.
Afin d’assurer la gestion durable, il faut un cadre institutionnel fort capable de conserver ces
ressources, il est important de fixer un quota global maximal pour l’extraction des biens
compatibles avec la régénération de la ressource. Ce quota est un choix politique, car les
restrictions peuvent être plus ou moins fortes et ce quota global doit être partagé entre les
différents usages, idéalement en fonction des principes de durabilité sociale et économique. Il
faut pouvoir coordonner les droits d’usages entre les acteurs.