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de la dépense et surtout, le contexte d’extrême pauvreté dans lequel ces investissements
interviennent, qui donnent aux projets communautaires réalisés une importance toute particulière.
On peut ainsi remarquer par exemple que sans le COVAREF Boumba-Ndjombi, les villages
Nguillili et Mbangoy n’auraient pas accès à l’eau potable. Sans le COVAREF Salokomo, l’école
maternelle de Lokomo ne disposerait pas de la totalité de ses salles de classe; de 2008 à 2010,
presque tous les malades « pygmées » de Salapoumbé étaient soignés grâce à une subvention
du même COVAREF, déposée auprès de l’hôpital catholique de la localité, etc.
Les populations ont également bénéficié des emplois dans les entreprises de safari et d’une
partie de la viande issue des activités de ces dernières. En effet, à travers des arrangements
locaux liés à l’initiative de gestion décentralisée, les populations locales ont la priorité lors des
recrutements et ont accès aux dépouilles de grands mammifères abattus lors de la chasse
sportive. Les emplois permanents et temporaires dans les entreprises de chasse (environ 120
postes en 2010/2011) sont occupés en quasi-totalité par les riverains alors qu’autrefois,
beaucoup d’entre elles faisaient venir les employés d’ailleurs.
Au niveau de la conservation, la dévolution des responsabilités de gestion aux communautés a
donné lieu à une amélioration notable de la collaboration entre l’administration forestière et les
populations et suscité l’adhésion d’une partie de la population aux efforts de conservation. Cela
s’est traduit par le développement de sources alternatives de protéines, la sensibilisation contre la
chasse illégale, le financement de la lutte contre le braconnage par les COVAREF et l’information
de l’administration forestière des activités de braconnage. En guise d’illustration, on peut noter
qu’entre 2007 et 2009, 5,6 millions de FCFA (près de 14 000 US $) ont été investis par les
COVAREF pour l’organisation d’une douzaine de patrouilles de lutte contre le braconnage. Au
parc national de Lobéké, les 10 armes de guerre saisies, entre 2010 et 2011 aux mains de
braconniers, l’ont été grâce aux informations venant des membres des communautés locales.
Regard critique sur l’initiative
Le regard critique sur ce processus, en rapport avec l’accès et l’équité, peut se faire à la fois sous
le prisme de la conservation et des considérations socio-économiques. Sans ressources, on ne
saurait parler d’accès et d’équité, d’où l’importance cruciale de la discussion sur la conservation.
Des inventaires réalisés en 2001 et 2007 ont montré un déclin de la population des grands et
moyens mammifères dans 80 % des ZICGC concernées et une relative stabilité dans le reste.
Cette tendance traduit, entre autres, le maintien de la chasse illicite en dépit de la création des
ZICGC et des COVAREF. Le nombre de personnes jugées, pour leurs implications dans les
activités de braconnage dans la zone, illustre parfaitement cet état de choses. Entre 2005 et
2009, ce nombre est passé de 27 à 37; avec des pics de 75 en 2008 (il faut noter que l’effort de
patrouille n’a subi qu’une légère hausse entre 2005 et 2008). Le système n’a donc pas pu
protéger les ressources et garantir la durabilité des droits d’accès pour plusieurs raisons
essentielles.