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La première raison est la faible adhésion des ayants droit aux idéaux de conservation qui sous-
tendent cette initiative de gestion décentralisée. Cette faible adhésion se justifie par la faiblesse
de la culture associative, la domination de l’appareil sociopolitique par le système de parenté
dans un contexte de villages pluriethniques, clanique ou lignagère, le morcellement du pouvoir
politique, la multiplicité des centres de décision et le « caractère diffus des consensus
recherchés » (Oyono, 2000 : 44) dans ces groupes sociaux. Ajoutée à l’absence de pouvoirs
sociaux de coercition, cette situation rend difficiles l’élaboration et l’application des normes
internes d’accès et d’utilisation des ressources acceptables par tous. Il est, dès lors, aisé de
comprendre pourquoi aucun COVAREF n’a pu, jusqu’ici, établir des règles locales pour réguler la
« chasse de subsistance » dans sa zone. De plus, ces organisations sont de par les textes en
vigueur, tenues d’investir uniquement dans les réalisations à caractère collectif/communautaire,
alors qu’on est dans un environnement social où, l’individualisme prime et dans lequel, la
satisfaction de certains besoins immédiats (manger, boire, s’habiller…) prend parfois largement le
pas sur les besoins collectifs. En quelque sorte, le COVAREF fournit des incitations à caractère
collectif alors que le villageois qui se livre au braconnage est, la plupart du temps, dans une
logique de satisfaction des besoins individuels immédiats. Il convient de ne pas oublier qu’on est
dans un environnement de pauvreté aiguë.
La perception selon laquelle les animaux sont « très abondants » et « ne peuvent pas finir », car
constituant un « don de Dieu » est largement répandue au sein des communautés locales. Cette
perception va également contre l’adhésion aux efforts de conservation, prônés dans le cadre des
COVAREF.
Le déficit d’adhésion des populations aux efforts de lutte contre le braconnage s’explique aussi
par le fait que les droits des communautés à la faune, dans les ZICGC, sont essentiellement
précaires et se limitent aux droits d’accès, de prélèvement et de gestion. Ces droits peuvent
d’ailleurs être retirés à tout moment, ce d’autant plus que la plupart des ZICGC se trouvent en
domaine forestier non permanent. La superposition en cours des permis d’exploration minière sur
plus de 45 % de la superficie des ZICGC illustre cette précarité. Les communautés n’ont donc
pas de garantie d’accès à la ressource à long terme. Sur un plan connexe, la multiplication des
permis de collecte de dépouilles animales, octroyés par l’État (ce qui encourage le braconnage)
et l’incapacité de ce dernier à empêcher les immigrants braconniers de piller la faune alors qu’il a
le quasi monopole du droit d’exclusion, ne rassurent pas les communautés quant à la garantie à
long terme de leurs droits d’accès.
Les communautés n’ont presque pas de droit d’exclusion puisqu’elles ne peuvent interpeler les
braconniers ou saisir les produits de braconnage (les tentatives d’érection de barrières de
surveillance par les communautés ont échoué à cause de l’opposition de l’administration). Par
ailleurs, l’implication des agents de l’État dans le braconnage (plusieurs cadres des forces de
maintien de l’ordre et autorités administratives ont été déjà pris en flagrant délit) et la collusion
entre certaines personnes de l’administration forestière et les braconniers, ont sérieusement
entamé la motivation des populations et amené certaines d’entre elles à penser qu’elles sont en