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probablement leur efficacité. Pour s’adapter à des changements rapides, il faudra créer un
environnement propre à un apprentissage continu, larguer les idées et les concepts qui ne
résisteront pas à l’épreuve du temps et mettre en place un mécanisme durable de financement.
Indéniablement, la grande question est de savoir jusqu’à quel point nous sommes préparés à
aborder ces changements.
C’est ainsi qu’Alain Billand observe que la recherche, pour mieux outiller les décideurs, ne doit
pas se confiner à la recherche sur la foresterie et les opérations forestières. Dans un contexte
d’augmentation de la demande pour des produits agricoles, il est devenu évident que
l’amélioration des rendements ne peut plus se produire au même rythme que pendant la
révolution verte. Or, la population humaine est encore en croissance et particulièrement dans les
pays forestiers du Sud. Les populations pauvres qui pratiquent l’agriculture traditionnelle ont une
démographie élevée et sont menacées par les changements climatiques. En conséquence, la
pression de l’agriculture sur les forêts, qui représente 85 % de la déforestation à l’échelle
mondiale, doit interpeler la recherche en agriculture.
La recherche agronomique est nécessaire pour augmenter la production des agro-écosystèmes
et diminuer ainsi la pression sur les forêts, mais aussi pour mieux comprendre les systèmes
agroforestiers dans un contexte de transition forestière.
Les sept études de cas qui complètent ce chapitre illustrent les propos des auteurs cités. Une
bonne gouvernance à tous les échelons est nécessaire pour que l’économie verte, dans le
domaine forestier, soit à même d’atteindre ses objectifs et de contribuer à réduire la pauvreté.
D’abord, Inza Koné du Centre suisse de recherche en Côte d’Ivoire montre comment ce pays a
perdu depuis 1960 les deux tiers de son couvert forestier, même s’il dispose d’un arsenal législatif
et règlementaire développé qui devrait en théorie lui permettre de gérer adéquatement ses forêts
et qu’il a ratifié les grandes conventions de Rio. Parallèlement, plusieurs institutions étatiques ont
été créées avec des missions spécifiques motivées par une volonté de protection de la nature et
ont connu des fortunes diverses.
Les effets de la déforestation et la chasse illégale sur la faune du pays ont été dévastateurs. Les
populations d’animaux se raréfient dans la plupart des parcs nationaux et réserves forestières,
plusieurs espèces ayant été chassées jusqu’à la quasi-extinction ou même l’extinction. Si
l’énorme pression humaine sur les ressources naturelles en Côte d’Ivoire est naturellement liée à
la croissance démographique et la pauvreté, la situation chaotique décrite dans l’étude de cas
montre l’inefficacité des politiques de conservation dans ce pays. L’auteur démontre, dans un
premier temps, que les cadres législatif et institutionnel de la gouvernance forestière en Côte
d’Ivoire devraient théoriquement garantir l’efficacité des politiques de conservation. L’article
montre, ensuite, que l’échec de ces politiques peut être imputé à une insuffisante application des
lois, un manque de synergie entre les institutions et une faiblesse criante des capacités
institutionnelles.