Page 14 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_05

Basic HTML Version

5-12
Pour leur part, Louis Defo et Martin Tchamba de l’Université de Dschang montrent comment
l’évolution de la gouvernance des forêts au Cameroun a permis de prendre en considération les
droits de chasse des populations locales et comment cela a permis une plus grande participation
communautaire et un partage plus équitable des revenus issus de la chasse et des activités
forestières.
Suivant l’esprit du nouveau code forestier adopté au milieu des années 1990 et dans le cadre des
stratégies de lutte contre le braconnage, le service local de l’administration forestière et ses
partenaires (GTZ et WWF) ont donc entrepris de susciter la participation des populations à la
gestion de la faune à travers diverses mesures : zonage participatif de la région, mise en place
des espaces de chasse communautaire, incitation et appui à la création des organisations
villageoises de gestion des ressources fauniques et rétrocession à la population, d’une partie des
gains issus de la chasse sportive.
L’opportunité offerte par le nouveau code forestier a permis, localement, des avancées non
négligeables vers une gestion équitable des ressources fauniques et de leurs retombées. Cette
avancée est essentiellement visible au niveau de l’accès aux ressources et à leurs retombées, du
renforcement des capacités de gestion et de prise en considération des catégories sociales
vulnérables. Par exemple, les communautés reçoivent une partie des redevances versées par les
exploitants forestiers et les organisateurs de chasse sportive et ont accès au partage de la
viande. Des activités de renforcement des capacités, de formation et des microprojets souhaités
par les communautés ont ainsi pu être financés tout comme des inventaires et suivis de la faune.
Cela a permis un rapprochement de la population et des agents forestiers.
Malheureusement, cette démarche n’a pas suffi à réduire la pression exercée sur les populations
animales pour plusieurs raisons incluant la corruption des autorités, l’incapacité des populations
locales d’empêcher l’accès au territoire à des migrants et l’extrême faiblesse des systèmes de
sanctions sociales.
Les constats et les analyses dégagés permettent de dire que la lutte contre la corruption et
l’impunité, tant au niveau local qu’à l’échelle nationale, le renforcement des capacités techniques
des communautés, l’octroi d’une partie des incitations à titre individuel aux ménages pour la
satisfaction des besoins vitaux à court terme, l’existence de cadres normatifs stables, moins
ambigus et construits « par le bas » font partie des leviers importants dans la promotion d’une
gestion communautaire et équitable des ressources naturelles.
La réussite des initiatives de dévolution de responsabilité aux ayants droit locaux véritablement
motivés par l’octroi et la sécurisation des droits d’accès et d’utilisation ainsi que l’équité dans la
redistribution des ressources est aussi conditionnée par l’existence d’entités et d’arrangements
locaux qui tiennent compte de la configuration des institutions et pratiques sociales
traditionnelles. Compte tenu de la lenteur des processus sociaux, les actions d’accompagnement