Page 8 - Forets_et_humains_Etude_complete_Chap_05

Basic HTML Version

5-6
Les thématiques traditionnelles de « lutte contre la déforestation » se voient aujourd’hui revisitées
dans une perspective de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, au travers de la réduction
de la déforestation et de la dégradation des forêts. La prise en considération de ces enjeux
globaux provoque une véritable mobilisation générale des niveaux régionaux, étatiques, locaux et
communautaires. Si toutes les parties prenantes sont aujourd’hui impliquées, leurs motivations
restent néanmoins très hétérogènes, sinon ambigües. Bien au-delà des enjeux de réchauffement
de la planète, c’est l’intérêt de revenus conséquents pour le pays et les acteurs à tous les niveaux
qui a d’abord été perçu. Sous le couvert du REDD, c’est donc l’ensemble de la gouvernance du
développement national qui est mis en jeu pour chaque pays.
L’Europe et les États-Unis se sont dotés de règlements commerciaux qui visent à interdire
l’entrée sur leurs territoires de bois ou de produits à base de bois qui auraient été exploités de
façon illégale dans leur pays d’origine. L’application de ces accords commerciaux nécessite de la
part des pays producteurs une définition de leurs référentiels de légalité, ainsi qu’une
réorganisation en profondeur de l’ensemble de leurs circuits de production, avec l’établissement
de mécanismes de traçabilité de l’arbre en forêt jusqu’au morceau de bois débité et exporté.
Enfin, un autre phénomène émergent est l’entrée dans le jeu de la gouvernance forestière d’une
nouvelle catégorie d’acteurs, qui sont les auditeurs et les observateurs indépendants. La
réputation de ces entreprises commerciales d’audit est le principal garant de leur neutralité. Ces
auditeurs reçoivent parfois un mandat de service public, qui peut aller jusqu’à la collecte de taxes
ou au contrôle de légalité. Les auditeurs indépendants ne sont pas nécessairement des
organisations militantes ou à vocation politique. Ils ont une démarche de documentation
d’infractions forestières et d’analyse des problèmes de gouvernance et d’application de la loi
forestière. Cette fonction nécessite d’établir des liens entre les gouvernements, les ONG de
défense de l’environnement et des droits de l’homme, les communautés locales, les bailleurs de
fonds et le secteur privé en fournissant des informations objectives et opportunes sur
l’exploitation des ressources naturelles et les mécanismes de son contrôle par l’État.
Nathalie Rizzotti nous rappelle que le contexte international des années 90 permet le
renforcement des partenariats entre les agences de conservation et les populations locales,
favorisant une nouvelle approche de la conservation des ressources appelée « projets
communautaires de conservation ». La gestion en commun des ressources naturelles part du
constat que les communautés locales peuvent être mieux à même que le marché ou le
gouvernement de gérer les ressources naturelles. Ce contrôle local devrait conduire à une
relation à l’environnement plus respectueuse ou plus
durable.
L’hypothèse serait que l’exclusion
de groupes marginalisés diminuerait et la pauvreté serait réduite grâce à une plus grande
solidarité de proximité. On assiste ainsi à une remise en cause des approches scientifiques d’une
vision essentiellement naturaliste de la conservation et à une prise en considération de
l’économie et des sociétés, mais aussi d’une vision étatique et centralisatrice vers la
reconnaissance du rôle des populations locales. Aux « trois piliers » du développement durable
s’ajoute donc une idée forte : celle de la participation de l’ensemble des parties prenantes