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manière à les préserver. De façon analogue, celui qui dégrade par des pratiques non durables les
fonctions de la forêt devrait être mis à contribution pour le remplacement des services que cette
forêt engendrait auparavant. Mais ce principe de justice ne peut valoir que pour des corporations
ou des grands propriétaires qui ont le moyen de payer pour la réparation ou la compensation. Les
gens qui sont pauvres souffrent déjà suffisamment de leur état. Il faut donc leur donner des
marges de manœuvre (éducation, emplois de réhabilitation de la forêt, valeur ajoutée pour des
produits issus de la forêt) qui les aideront à sortir de la pauvreté tout en appliquant les principes
de l’économie verte.
Il s’agit donc de voir ici par quels moyens une économie qui se veut verte peut contribuer à la
réduction de la pauvreté. Il existe en effet, un lien proche entre la pauvreté et la dépendance aux
écosystèmes forestiers dans le monde actuel. Les auteurs des différents chapitres s’ils nous
donnent des pistes pour contribuer à l’atteinte de cet objectif, nous mettent aussi en garde contre
les pièges qui s’y cachent.
Le premier élément qui ressort de la lecture des chapitres qui précèdent réfère à la
reconnaissance formelle des services écosystémiques dont l’humanité est redevable aux forêts.
Cette reconnaissance passe par leur quantification sur des bases scientifiques, mais pas
seulement sur ces bases. Nicole Huybens montre bien comment la forêt « donne du sens ». Dans
une société de plus en plus urbaine et débranchée de la nature, cette fonction inestimable ne
peut être quantifiée sur la base des sciences fondamentales, ni des sciences économiques. Elle
fait partir de l’héritage que nous devons laisser aux générations à venir. Il y a donc une question
de rapport à la nature qui dépasse les termes de l’économie classique et qui rentre dans le
champ de l’éthique.
La forêt habitée fait aussi partie du patrimoine de l’humanité, par la culture, les langues, les
savoirs et les savoir-faire des populations qui y vivent. L’économie ne sait pas prendre en compte
ce qui n’est pas quantifiable. Il est donc besoin d’innover dans ce domaine. Actuellement, seul
l’écotourisme semble donner une valeur à l’unicité des cultures issues de la forêt. Développer
davantage ce secteur de l’économie mondiale irait donc dans le sens souhaité. Mais cela est
insatisfaisant. Les cultures traditionnelles de la forêt sont souvent abandonnées par ceux qui en
sont issus en raison de la pauvreté qui y est associée et à l’image de modernité qui résulte du fait
de s’en sortir, le plus souvent pour aller vers les villes. Il y a donc un effort mondial de promotion
des cultures autochtones de la forêt qui doit s’accompagner de mesures pour réduire leur
pauvreté et mettre en valeur leurs savoirs traditionnels dans la société moderne. C’est seulement
à ce prix que nous pourrons conserver ces cultures et ces savoirs dans une société de
l’information mondialisée. Des pistes intéressantes nous sont données à cet égard dans les
études de cas de Koné et de Bigombé Logo au chapitre 2.
Les autres services écosystémiques qui ne sont pas pris en compte ou très partiellement par
l’économie sont plus faciles à quantifier avec une approche scientifique rigoureuse et