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Plusieurs études de cas nous ont confirmés que les cultures locales et les scientifiques pouvaient
trouver avantage à un dialogue pour mieux gérer les ressources forestières. Les interventions
forestières qui prennent en compte les besoins des populations locales sont plus susceptibles de
favoriser la réduction de la pauvreté. C’est ainsi que la cogestion apparaît comme une piste
prometteuse. Elle suppose cependant un dialogue entre les parties, le renforcement des
capacités et une imputabilité de chacun. Les savoir-faire paysans sont aussi une source de
connaissances et peuvent permettre aux scientifiques d’explorer de nouvelles avenues pour
l’aménagement des écosystèmes, au-delà des idées reçues. Par exemple, tant Dufumier que
Bainville et Ducourtieux montrent au chapitre 4 que l’agriculture d’abattis-brûlis n’est pas
nécessairement une cause de déforestation.
Il reste que pour que l’économie verte soit réellement efficace, il faut aussi des efforts de la part
des communautés qui vivent de la forêt. La gestion durable des écosystèmes, la gestion de la
qualité des produits, la documentation de la chaîne d’approvisionnement permettant de certifier
les provenances et les modes de production sont des garanties qui devraient être exigées par les
acheteurs pour payer une prime susceptible d’aider les populations vivant de la forêt à sortir de la
pauvreté. Cela exige des actions de renforcement des capacités et de gouvernance locale
comme la création de coopératives ou la mise en commun de services comme le démontrent
Charrouf et aussi Robert dans leurs études de cas respectives au chapitre 4.
Il y a donc une possibilité réelle que l’économie verte dans le monde de la forêt puisse contribuer
à l’éradication de la pauvreté, mais il faudra des modes d’intervention différents, des études
scientifiques sur le terrain, des efforts de coopération entre les producteurs, une
responsabilisation des populations locales, des modes de partage plus équitables des richesses
et un cadre législatif et règlementaire applicable et appliqué permettant la responsabilisation des
acteurs qui sont les plus proches des ressources. L’ensemble de ces éléments interpelle la
gouvernance au niveau local, régional, national et international.
Les enjeux de la gouvernance
Les forêts se régénèrent naturellement en l’absence de l’humain, si les conditions climatiques se
maintiennent dans la marge d’adaptation des espèces végétales qui les caractérisent. Les forêts
utilisées par les humains sont plus à risque de voir leur composition, leur densité ou leurs
fonctions écologiques modifiées en mieux ou en moins bien. Dans l’histoire, des populations
humaines ont fait disparaître des forêts, parfois totalement, comme cela a été le cas sur l’Île de
Pâques (Diamond, 2006). De petits états insulaires de la Francophonie comme les Comores ou
Haïti sont aujourd’hui presque totalement déboisés comme nous le montre Said Hassani dans
son étude de cas du chapitre 3. La perte presque totale des fonctions de la forêt et des services
qui en résultent condamnent inéluctablement une partie et quelquefois l’ensemble de ces
populations à la pauvreté, voire à la misère, surtout s’ils n’ont pas de moyens alternatifs pour
remplacer cette source d’approvisionnement. Le phénomène est plus brutal dans les îles, mais de
grands pays forestiers comme la Côte d’Ivoire ne sont pas à l’abri d’une pareille situation en