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l’absence d’une application stricte des lois et règlements destinés à protéger les forêts comme le
signale Koné au chapitre 5.
L’appropriation illégitime des ressources forestières, que ce soit par de grandes corporations
nationales ou étrangères, le braconnage par des populations dépourvues d’alternatives ou même
l’abattage pour le charbonnage en contravention des lois sont des facteurs de dégradation et
d’appauvrissement des forêts. Faute d’une gouvernance efficace, pensée du local au global, avec
un pouvoir diffus selon les termes de Seydou au chapitre 5, les chances que l’économie verte
réussisse à diminuer la pauvreté sont très amoindries. Cela vient en partie de ce qu’on a appelé
la tragédie des communs (Hardin, 1968). Cette tragédie découle du dilemme des populations ou
des industriels qui exploitent un bien commun. Étant en compétition pour en avoir plus, chacun
s’approprie tant qu’il peut au détriment de la base des ressources. C’est ce qui a entraîné par
exemple l’effondrement de très nombreux stocks de poissons.
Rizotti nous dit au chapitre 5 qu’il faut différencier un bien commun d’un bien public. Un bien
commun appartient à tous et à personne. Ces biens sont qualifiés de « communs » en raison de
leur diffusion collective et non-excluante, et non parce qu’ils sont produits par une entité de statut
public. Dans ce dernier cas, les droits de propriété sont alors transférés à l’État qui devient le
gardien des ressources. C’est ainsi qu’on peut éviter la tragédie des communs tout en gérant des
biens appartenant à l’État si ce dernier agit effectivement comme fiduciaire de ces biens et qu’il
applique ses lois.
Mais si la gestion étatique est souvent considérée comme lourde et surtout incapable de contrôler
les pratiques des populations et les interdictions. Or sans les moyens pour les faire respecter,
cela revient à laisser la ressource en libre accès. Quand les règlements sont ambigus,
inexistants, la « tragédie des communs » peut facilement se produire. D’un autre côté, la gestion
privée est accusée de créer des inégalités, de produire de l’exclusion, ne réussissant souvent pas
non plus à résoudre le problème d’épuisement des ressources. Dans ce cadre, la gestion des
forêts par les communautés peut représenter une piste intéressante pour la gouvernance.
Les régimes communautaires imposent des limites à l’accès et l’exploitation des ressources ayant
leurs propres arrangements institutionnels. La propriété commune contrairement à l’absence de
droits de propriété se réfère à un ensemble de règles définies en lien avec l’appartenance des
membres à une communauté. C’est sur ces bases qu’un autre type de régime de propriété a été
mis en évidence, suite à Rio, afin de mettre en œuvre les politiques publiques, la
gestion en
commun
.
La délégation de pouvoir au niveau le plus bas (selon le principe de subsidiarité) est justifiée par
la possibilité de définir des droits de propriété commune et la capacité de la communauté locale à
faire respecter ces droits et éviter les comportements déviants tout en minimisant les coûts
économiques et en maximisant le bienêtre social. La capacité de contrôle de l’utilisation des
ressources par les communautés locales devient l’enjeu essentiel.