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Introduire une nouvelle culture qui s’insère dans un système agraire existant est complexe; la
réussite passe par l’appropriation de la proposition par les paysans.
Bainville précise que même si une révision complète des politiques agricoles est nécessaire, il ne
faudrait pas se tromper de cible et s’assurer de faire cette réforme au profit des agriculteurs qui
ont effectivement intérêt à mettre en œuvre ces systèmes de production intensifs en travail plutôt
que de grands investisseurs qui préfèrent la mécanisation et les cultures de rente. Il ne faudrait
en effet pas confondre leur besoin d’investissement avec l’installation d’investisseurs.
L’économie verte ne pourra pas contribuer significativement à la réduction de la pauvreté si elle
ne s’accompagne pas d’une réforme de la gouvernance à tous les niveaux, de l’international au
local. Au niveau supranational, outre le système des Nations Unies et les grandes conventions
issues de Rio, les restrictions à l’importation de bois illégaux mis en place par les États-Unis et la
Communauté européenne présentent des pistes d’action intéressantes. Ce serait encore plus
significatif si de semblables règlementations pouvaient être appliquées par des pays émergents,
grands consommateurs de ressources forestières.
Un autre effet de la gouvernance supranationale représentée par la certification est l’émergence
d’une nouvelle catégorie d’acteurs, les vérificateurs. Ces derniers doivent garantir aux clients
l’atteinte des objectifs d’un programme et l’assurer que le cahier des charges de la certification a
été adéquatement rempli. Ces nouveaux acteurs peuvent être beaucoup plus crédibles que des
agents de l’État ou des autorités locales et obliger l’atteinte d’objectifs de performance mieux que
les incitatifs traditionnels de l’aide internationale.
Koné rappelle qu’il ne faut toutefois jamais perdre de vue la question de la gouvernance dans son
ensemble tout en mettant l’emphase sur les besoins à la base, car tout projet n’intégrant pas les
intérêts particuliers de l’ensemble des acteurs agissant sur un territoire risque de voir ses efforts
de protection et de conservation de la biodiversité réduits à néant.
Avec Defo et Tchamba, il convient de dire que la lutte contre la corruption et l’impunité, tant au
niveau local qu’à l’échelle nationale, le renforcement des capacités techniques des
communautés, l’octroi d’une partie des incitations à titre individuel aux ménages pour la
satisfaction des besoins vitaux à court terme, l’existence de cadres normatifs stables, moins
ambigus et construits « par le bas » font partie des leviers importants dans la promotion d’une
gestion communautaire et équitable des ressources naturelles. Compte tenu de la lenteur des
processus sociaux, les actions d’accompagnement de la mise en place et de la consolidation de
ces entités et autres arrangements doivent absolument s’inscrire dans le moyen et long terme.
Un objectif de gestion durable peut être atteint seulement si les politiques publiques
environnementales passent d’une logique de contrôle et de restriction à une politique se
concentrant sur la gestion des stocks et de la capacité reproductive du système. Il faut y inféoder
les règles et droits d’usage à mettre en place. Les politiques qui constituent un régime
institutionnel doivent contenir les éléments de planification et de mise en œuvre des différents