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usages et des règles de protection de la ressource. En ce sens, la gestion participative passant
par des règles traditionnelles ou locales peut renforcer ou au contraire perturber les situations de
pouvoir au niveau local et faire l’objet de stratégies et de processus de manipulation et
d’utilisation à des fins personnelles. Ces stratégies et le statut qu’acquièrent les individus dans la
communauté peuvent rendre l’efficacité de la gestion en commun très relative.
La gouvernance est donc un enjeu éthique qui doit respecter des contraintes sociales et surtout
écologiques pour soutenir l’économie verte et lui permettre de donner les bénéfices escomptés. À
tous les niveaux, la transparence, le respect, l’écoute et la capacité de mettre en œuvre des
projets, d’en mesurer l’évolution et de les communiquer aux parties prenantes sont des valeurs
sûres pour assurer le succès et permettre les recadrages lorsqu’ils sont nécessaires.
Comment l’économie verte peut-elle contribuer à équilibrer le bilan des forces pour nous
permettre de transmettre aux générations futures le patrimoine forestier et ses bénéfices
intangibles et tangibles?
Les forêts du monde sont menacées par une dégradation liée à plusieurs forces agissantes,
d’origine anthropique. Ces forces entraînent des pertes de fonctions qui se traduisent par des
pertes de services écologiques. Ces dernières contribuent à accentuer la pauvreté. Les
populations les plus pauvres, aux prises avec une situation d’accroissement démographique,
dépendent de plus en plus de l’exploitation opportuniste des ressources forestières. Cela fragilise
la capacité de résilience des forêts comme écosystèmes. S’ajoute à cela, l’appétit croissant
d’entreprises transnationales et des pays émergents pour des terres agricoles ou des plantations
à des fins industrielles. Ces plantations ne peuvent assurer qu’une partie réduite des fonctions
écologiques de la forêt et remettent en cause sa capacité à assurer l’ensemble des services
qu’on peut en attendre. Si la tendance se maintient, nous ne pouvons espérer léguer aux
générations qui viennent l’intégralité des services écologiques de la forêt.
Kouadio explique que la pauvreté est un facteur aggravant de la pression anthropique sur les
forêts. Malheureusement, le taux de pauvreté de cesse de grimper surtout dans les pays en
développement, dont les populations sont tributaires des ressources forestières.
La pauvreté est souvent un obstacle à l’accès à la connaissance, au savoir et à la sensibilisation.
La pauvreté monétaire se traduit par l’insuffisance de moyens financiers pour satisfaire les
besoins fondamentaux tels que la nourriture, le logement, la santé et l’éducation. La forêt offre,
souvent gratuitement, la plupart de ces biens et services. Il apparait, dès lors, un dilemme entre
satisfaction des besoins primaires et urgents et préservation des ressources forestières pour des
tiers.
Soif de profit des uns, pauvreté des autres, tragédie des communs et mépris à l’égard des
paysanneries, semblent bien être finalement à l’origine de la déforestation et de la surexploitation
des ressources forestières dans un grand nombre de régions du monde. La lutte contre celles-ci