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n’aura donc de sens que couplée aux vastes défis de la crise alimentaire, de la lutte contre la
pauvreté et des inégalités sur notre planète.
Une piste de solution présentée par Ducourtieux : une économie verte visant à réduire la
pauvreté devrait s’orienter vers des productions à haute valeur, compatibles avec les savoirs
culturels et avec la préservation des fonctions des forêts. Encore une fois, le paiement pour les
services environnementaux peut être une façon d’améliorer le sort de certaines populations et les
encourager à maintenir les forêts en état.
À partir de l’exemple étudié, Ducourtieux identifie trois conditions pour le succès dans
l’implantation d’une culture commerciale pour un revenu d’appoint. Ces dernières doivent être :
1. plus productives par rapport au facteur de production limitant (la force de travail familiale
par exemple);
2. plus sûres. Les paysans ne peuvent pas accepter d’abandonner leur production vivrière
pour des spéculations aléatoires. Les risques à minimiser sont pédo-climatiques,
biologiques et commerciaux.
3. aisément transportables. Elles doivent être robustes et non-périssables pour supporter
des conditions de transport longues et difficiles avant d’accéder aux différents marchés.
La valeur par unité de masse et de volume doit être élevée pour permettre un transport
économiquement rentable surtout dans des régions éloignées des marchés.
Mais la partie n’est pas gagnée pour autant. Dans leur évolution sociale, les populations rurales
peuvent vouloir améliorer leur sort en faisant autre chose que l’agriculture sous couvert forestier
ou l’exploitation traditionnelle des produits ligneux ou non-ligneux. Selon Feintrenie, sortir de
l’agriculture est souvent perçu comme une réussite sociale et est associé dans l’imaginaire
collectif à une vie plus moderne et au confort urbain. Les mentalités changent, les nouvelles
générations voient le développement des infrastructures et des cultures de rente comme un
moyen de sortir de leur isolement et d’atteindre un idéal de modernité, diffusé par la télévision et
la radio.
La conservation de l’environnement, des forêts et des agroforêts, préoccupe bien moins les
populations locales que le développement économique un peu comme cela a été le cas en
Europe et en Amérique jusqu’à récemment. La forêt, perçue comme immense et peu rentable ne
suscite pas beaucoup d’états d’âme. C’est lorsqu’elle est rare ou perçue comme telle que les
boucliers se lèvent.
Préserver les forêts, pour louable que soit l’idée, signifie également soit de maintenir sciemment
des populations à un niveau de vie bas en les coupant des opportunités d’intensification de leurs
cultures et d’appréciation de leur revenu. Pour faire autrement, il faut les payer (REDD, PSE) afin
qu’elles maintiennent des pratiques peu productives tout en améliorant leur niveau de vie. C’est
un énorme défi dans une économie de marché.